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Syrie: Assad affirme que l'Occident paiera cher son soutien à Al-Qaïda

17/04/2013 05:22 EDT | Actualisé 17/06/2013 05:12 EDT

Le président syrien Bachar al-Assad a affirmé mercredi que les Occidentaux jouaient avec le feu en finançant selon lui Al-Qaïda et a laissé entendre qu'il comptait rester au pouvoir jusqu'en 2014, voire au-delà.

Dans une interview d'une heure à la chaîne officielle Al-Ikhbariya, où il est apparu tranquille, M. Assad a prévenu que la guerre dans son pays pourrait gagner la Jordanie voisine, qu'il accuse d'entraîner les combattants rebelles et de faciliter l'entrée de "milliers" d'entre eux en Syrie.

"L'incendie ne s'arrêtera pas à nos frontières, tout le monde sait que la Jordanie est aussi exposée (à la crise) que la Syrie", a-t-il dit, tandis qu'à Washington, le secrétaire à la Défense Chuck Hagel annonçait un renforcement du dispositif militaire américain en Jordanie, qui dépassera les 200 hommes.

"L'Occident a déjà payé très cher le fait d'avoir financé à ses débuts Al-Qaïda en Afghanistan. Aujourd'hui il fait la même chose en Syrie, en Libye et dans d'autres endroits et il paiera cher au coeur de l'Europe et des Etats-Unis", a prévenu M. Assad.

Il faisait allusion à l'aide accordée par Washington dans les années 1980 en Afghanistan aux moujahidines luttant contre l'occupation soviétique, dont ceux d'Al-Qaïda, qui se sont ensuite retournés de manière spectaculaire contre les Etats-Unis en 2001.

Dans son interview à l'occasion de la fête de l'Indépendance à la fin du mandat français en 1946, le président syrien a aussi affirmé qu'une défaite de son régime face aux rebelles, qu'il a comme toujours qualifiés de "terroristes", signifierait "la fin de la Syrie".

Il a lié son départ à une "décision du peuple", laissant entendre qu'il pourrait se représenter à la présidentielle à l'issue de son mandat en 2014, comme l'avait déjà indiqué l'Iran.

M. Assad s'en est pris à l'opposition, essentiellement basée à l'étranger, doutant de son patriotisme, minimisant son appui populaire et estimant qu'elle n'était pas à la hauteur pour s'engager dans un dialogue avec Damas.

"Comment êtes-vous patriote si vous avez fui à l'étranger ? (...) Dans tous les pays du monde, l'opposition est une opposition élue et bénéficie d'une base populaire. Où sont les élections sur lesquelles se base cette opposition-là?", a-t-il demandé.

Interrogé sur un éventuel dialogue, évoqué par le chef de l'opposition Ahmed Moaz al-Khatib, M. Assad a affirmé: "Nous dialoguerons avec tous ceux qui n'ont pas encaissé de l'argent pour vendre la patrie".

"Il n'y a pas de terroriste modéré", a-t-il insisté, rejetant toute distinction entre les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL) et les groupuscules jihadistes, dont le Front jihadiste Al-Nosra, qui a récemment fait allégeance à Al-Qaïda.

"Al-Qaïda domine (la rébellion) en Syrie", a-t-il insisté.

Evoquant une éventuelle intervention humanitaire internationale, dans un pays qui compte désormais selon l'ONU 2,5 millions de déplacés et d'importantes pénuries alimentaires, M. Assad a estimé qu'elle "viserait uniquement à détruire les Syriens" en rendant le pays dépendant de l'étranger.

Sur le terrain, au moins 12 personnes, dont deux enfants, ont été tuées par des tirs de l'armée à Boueida, dans la province de Homs (centre), où des combats faisaient rage, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), dont le bilan provisoire pour mercredi s'élevait à au moins 92 morts.

A Washington, les responsables de la Défense ont refusé mercredi de répondre à des question au Sénat sur l'utilisation ou non d'armes chimiques en Syrie, redoutée lundi par le chef de la diplomatie britannique William Hague, semant le doute sur leur éventuel emploi, qui constituerait une "ligne rouge" pour Washington.

Parallèlement, selon des sources diplomatiques mercredi, l'Union européenne envisage de lever partiellement son embargo pétrolier, imposé en novembre 2011, afin d'aider financièrement les rebelles, qui contrôlent désormais une partie des champs pétrolifères dans l'est et le nord du pays.

Et à New York, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est montré évasif mercredi sur l'avenir du médiateur international Lakhdar Brahimi, dont la mission ne semble faire aucun progrès et qu'il devait rencontrer dans l'après-midi.

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