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Soudan: libération de 7 officiers condamnés pour tentative de coup d'Etat

17/04/2013 09:11 EDT | Actualisé 17/06/2013 05:12 EDT

Sept anciens officiers soudanais condamnés le 7 avril par un tribunal militaire de Khartoum pour une tentative de coup d'Etat en 2012 ont été libérés mercredi après avoir bénéficié d'une grâce présidentielle, a annoncé un porte-parole de l'armée, Sawarmi Khaled Saad.

Les sept hommes avaient été condamnés à des peines de 2 à 5 ans de prison. L'armée avait alors parlé de 11 officiers condamnés, mais la défense n'en a mentionné que neuf, dont deux ont déjà été libérés il y a quelques jours.

Les officiers avaient déposé le 9 avril une demande de grâce en se présentant comme des "prisonniers politiques", une catégorie de détenus que le président Omar el-Béchir s'est engagé le 1er avril à libérer. Jusqu'à présent, seuls 11 prisonniers, en plus des officiers, ont été libérés dans ce cadre.

Selon M. Saad, les militaires graciés resteront cependant radiés de l'armée.

Vêtus en civil et criant "Dieu est grand", les officiers libérés se sont rendus au domicile de Mohammed Ibrahim, celui d'entre eux qui avait écopé de la peine la plus lourde, où ils ont été accueillis par des centaines de sympathisants, proches ou voisins tirant des coups de feu en l'air, selon un journaliste de l'AFP.

"Maintenant nous sommes libres et l'affaire est close pour nous", a déclaré M. Ibrahim à la presse. "Je remercie le peuple soudanais et l'armée", a-t-il ajouté, tout en lançant un appel "aux réformes et à l'unité du pays".

Tout sourire, les sept hommes ont été portés en triomphe par leurs sympathisants, qui ont tué quatre moutons pour entamer les célébrations de leur libération.

Arrêtés en novembre avant même d'avoir mené la moindre action, les officiers avaient été condamnés pour "tentative de saper le système constitutionnel et sécuritaire, menace à l'unité du pays et mise en danger des forces armées par l'usage de la force", selon l'armée.

Les officiers risquaient la peine de mort dans cette affaire qui, selon des experts, reflète des tensions au sein du régime de M. Béchir, qui s'est emparé du pouvoir il y a 24 ans grâce à un coup d'Etat dans lequel M. Ibrahim avait joué un rôle.

Un ancien chef des services de renseignement, Salah Gosh, en poste depuis les années 1990 jusqu'à 2009, avait été arrêté en même temps, mais il relève de la justice civile et n'a pas encore été jugé.

La plupart des officiers impliqués sont proches d'anciens combattants jihadistes et particulièrement du groupe des "Saïhoune" (voyageurs en arabe). Ce sont aussi des vétérans de la guerre civile qui a abouti à l'indépendance du Soudan du Sud (1983-2005, 2 millions de morts).

Ces islamistes radicaux appellent à une nouvelle direction pour le pays et un retour aux valeurs islamiques dont se réclame M. Béchir, accusant le gouvernement de corruption.

"Je pense que le président Béchir a peur. Il a très peur d'avoir une mauvaise relation avec +Saïihoune+ (...). Il sait très bien qu'il est menacé par une série de divisions", et il cherche à remettre de l'unité, a expliqué un expert politique régional sous couvert de l'anonymat.

Les officiers libérés sont aussi profondément opposés aux rebelles qui combattent les forces soudanaises au Kordofan-Sud et au Nil Bleu, deux régions frontalières du Soudan du Sud, a rappelé Cedric Barnes, expert de la Corne de l'Afrique à l'International Crisis Group.

Dans son discours promettant la libération des prisonniers politiques, M. Béchir s'était pourtant dit prêt à négocier avec ces rebelles, anciens alliés des Sudistes.

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