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Irak: l'enjeu sécuritaire au coeur des élections provinciales

17/04/2013 04:44 EDT | Actualisé 16/06/2013 05:12 EDT

Le premier scrutin depuis le départ des troupes américaines fin 2011 se tiendra samedi en Irak avec des élections provinciales qui permettront de jauger la popularité du Premier ministre Nouri al-Maliki et la situation sécuritaire, fortement dégradée depuis le début de l'année.

Ces élections, qui auront lieu dans 12 des 18 provinces irakiennes, se sont préparées dans le sang. Quatorze candidats ont été tués depuis le début de l'année et des dizaines d'attentats ont ensanglanté la campagne. Et lundi, une nouvelle vague d'attentats a fait 50 morts et plus de 300 blessés.

L'issue du scrutin, où 8.000 candidats se disputent 378 sièges, a d'autant plus de poids qu'il revient à l'assemblée provinciale de doter sa province d'un gouverneur, poste-clef dans le système fédéral irakien.

Le gouverneur a la haute main sur les dossiers sensibles que sont l'administration, les finances et la reconstruction de la province qu'il dirige. Au classement des récriminations les plus fréquentes, le réseau électrique défectueux et les services publics lacunaires arrivent en tête.

Mais les élections prennent également une acuité particulière en raison du contexte politique passionné qui l'encadre.

M. Maliki, un chiite, fait face depuis près de quatre mois à un vif mouvement de contestation de la minorité sunnite et de ses partenaires de coalition, qui l'accusent d'accaparer le pouvoir. A l'ouest et au nord du pays, où ils sont majoritaires, les sunnites réclament sa démission et manifestent pour exiger la fin de la "marginalisation" dont ils pensent être victimes.

D'après eux, les autorités tendent à s'appuyer de façon démesurée sur les lois antiterroristes pour les viser eux plus que n'importe quelle autre communauté.

C'est d'ailleurs en raison de l'instabilité qui y règne que le gouvernement a décidé de reporter les élections dans les provinces d'Anbar (ouest) et Ninive (nord), deux provinces majoritairement sunnites.

Une controverse entre les différentes communautés empêche la tenue du scrutin à Kirkouk, dans le nord, et les trois provinces du Kurdistan irakien ont leur propre calendrier.

Au final, seules 12 des 18 provinces sont donc concernées par ces élections.

Mais la crise politique nationale, dont la dimension religieuse est prépondérante, risque d'aggraver encore un peu plus le communautarisme, élément moteur du conflit dans lequel l'Irak a sombré en 2006-2007.

Le scrutin "cristallise la polarisation qui s'opère en fonction de l'appartenance religieuse, et ceci de façon encore plus flagrante que lors des précédentes élections" législatives en mars 2010, note Crispin Hawes, directeur du service Moyen-Orient au sein d'Eurasia Group.

"On touche là au problème fondamental de l'Irak. Que je sache, personne ne parle jamais politique. (Les partis) ne se distinguent pas les uns des autres en fonction de la politique", mais en fonction des communautés religieuses qu'ils représentent, relève-t-il.

psr/gde/sw

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