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Commission: Zampino interrogé sur sa connaissance de familles de la mafia

17/04/2013 10:04 EDT | Actualisé 17/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - La Commission Charbonneau s'est intéressée mercredi aux possibles liens entre l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Frank Zampino, et certaines familles de la mafia.

«Je n'avais pas de lien avec la famille Di Maulo», a lancé M. Zampino.

La procureure chef de la commission, Me Sonia Lebel, lui a alors demandé pourquoi il avait assisté au mariage du fils de Frank Cotroni et de la fille de Joe Di Maulo, en juillet 1991.

M. Zampino a expliqué que Mario Di Maulo était un travailleur d'élection et qu'il avait insisté pour qu'il se rende au mariage de son cousin. Il a ajouté qu'à titre de maire de Saint-Léonard, à l'époque, il pouvait recevoir 40 à 50 invitations à des mariages chaque année.

«On fait toujours appel au bureau du maire de Saint-Léonard quand il y a une activité caritative quelconque. On se présente là et quand on se présente, c'est sûr qu'on ne fait pas de vérifications pour voir qui est dans la salle, avec qui on va nous asseoir. Moi je ne fais pas de recherches sur les antécédents de certaines personnes», a fait valoir M. Zampino.

«Vous trouvez judicieux de vous présenter en tant que maire de l'arrondissement de Saint-Léonard et d'être associé, ne serait-ce que par apparence, à Frank Cotroni?» lui a demandé Me Lebel.

«Je n'assistais pas au mariage de M. Cotroni. Je ne vous ai pas dit de quel côté j'étais assis», a-t-il répondu, ajoutant qu'il avait été invité par les Di Maulo.

M. Zampino a concédé qu'au plan des apparences, cela ne donnait pas une bonne image, surtout pour un homme politique. «Je vous dis que ce n'était pas la décision la plus brillante du siècle d'assister à ce mariage, mais il n'y a aucune arrière-pensée», s'est-il défendu.

Me Lebel lui a aussi demandé s'il se rappelait d'avoir adressé une lettre sollicitant une contribution financière à sa campagne électorale à Jimmy Di Maulo dans les années 1990.

«Je n'ai absolument aucun souvenir de ça», a répondu M. Zampino au sujet de la lettre, demandant même à la voir si la procureure en avait une. Celle-ci n'a rien déposé. Il a ajouté que s'il avait bel et bien adressé une telle lettre, c'était dans le cadre d'un envoi généralisé par l'équipe d'organisation électorale et qu'il aurait alors dû la signer.

Me Lebel lui a aussi demandé s'il avait été «vu ou photographié en compagnie de (Vito) Rizzuto dans le début des années 1990».

«À ma connaissance, non. Est-ce que j'ai été à un événement où M. Rizzuto était présent et qu'il y a une photo qui existe à quelque part? Ça je l'ignore. Comme je vous dis, quand on occupe une fonction comme j'occupe, on est invité à participer à plusieurs activités. Et je ne peux pas exclure ou confirmer qu'effectivement, il n'existe pas des photos avec certains individus», a-t-il répondu.

En politique

M. Zampino a soutenu n'avoir eu aucune influence, «du tout, du tout», sur le parti Union Montréal, son propre parti, et n'y avoir eu aucun rôle officiel. Il ne s'est pas non plus occupé de financement.

Il a aussi corrigé l'impression laissée par la commission concernant les 1800 échanges téléphoniques entre lui et Bernard Trépanier, responsable du financement d'Union Montréal, qui est aussi son ami.

Il a souligné que la ligne téléphonique 4138 à laquelle se référait en partie la commission était une ligne de la Ville à laquelle cinq personnes, dont lui, pouvaient répondre. De plus, les appels de M. Trépanier à cette ligne ont pu survenir à un moment où M. Zampino était en congé ou assistait à une réunion du comité exécutif de laquelle il ne pouvait sortir.

«Conclure qu'il m'a appelé 1800 fois, c'est foncièrement malhonnête», s'est-il exclamé. Le registre présenté est «complètement erroné, une fausseté pleine et entière», s'est-il insurgé.

Selon lui, il y a eu moins de 200 appels en quatre ans et demi entre lui et M. Trépanier, et non 1800.

Me Lebel l'a aussi longuement interrogé sur la pertinence pour des entrepreneurs n'habitant pas Montréal d'assister à un cocktail de financement en sa compagnie et en celle du maire. Il a d'abord affirmé que les billets avaient sûrement été achetés par des résidants de Montréal, qui ne pouvaient se rendre au cocktail, et qui avaient donc donné leurs billets à des personnes qui ne sont pas nécessairement résidantes de Montréal.

Ensuite, il a justifié: ces personnes qui ne sont pas de Montréal veulent rencontrer le maire et le président du comité exécutif pour faire «du réseautage», ou bien «ils voulaient se faire voir». Il a admis qu'il était possible qu'il s'agisse aussi de fournisseurs qui avaient des contrats à la Ville et qui voulaient dire «on appuie votre administration».

Quant à son intérêt à lui à participer à ces cocktails de financement, auxquels des entrepreneurs et représentants de firmes de génie-conseil se présentaient, il a soutenu que c'était pour «écouter les doléances de gens qui contribuent au développement de notre ville».

Me Lebel lui a demandé si c'était aussi pour favoriser l'obtention de contrats par certaines entreprises. «Bien non! Ce n'est pas le président du comité exécutif qui octroie les contrats à la Ville de Montréal», s'est exclamé M. Zampino.

Embauche du dg de la Ville

Par ailleurs, M. Zampino a confirmé avoir participé à un souper au Club Saint-Denis avant l'embauche du directeur général de la Ville, Claude Léger, en compagnie du patron de la firme de génie Dessau, Rosaire Sauriol.

Il en a toutefois donné une autre version que celle de M. Léger. Ce dernier avait fait part devant la commission de son malaise devant le fait qu'un ingénieur du privé assiste à une discussion entre le président du comité exécutif de la Ville et un candidat au poste de directeur général de la Ville.

M. Zampino a soutenu qu'il ne s'agissait pas d'une entrevue d'embauche, qu'il n'a fait qu'énoncer les grands enjeux auxquels Montréal était confronté, et qu'il n'y avait là aucune information privilégiée.

Il n'a rien vu de mal dans le fait que l'ingénieur Sauriol soit présent, puisque c'est lui qui avait servi d'intermédiaire, demandant à M. Zampino s'il serait intéressé à rencontrer M. Léger, qui avait déjà été approché pour le poste de dg de la Ville.

C'est M. Sauriol, de Dessau, qui s'est retrouvé à payer le repas, puisque c'était lui qui était membre du Club Saint-Denis, a précisé M. Zampino.

Élections clé-en-main

M. Zampino a par ailleurs affirmé que c'est par les journaux qu'il a entendu parler du concept des élections clé-en-main.

Lui qui a été élu comme conseiller dans Saint-Léonard, la première fois en 1986, et qui a ensuite été réélu parfois sans opposition, n'avait pas encore entendu parler de ce concept d'élection clé-en-main à l'époque.

M. Zampino a une formation de comptable et faisait simplement de la vérification lorsqu'il a été recruté pour se lancer en politique municipale. Il ne se destinait aucunement à faire de la politique au départ, a-t-il témoigné.

Son témoignage se poursuit jeudi.

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