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Agacement en Jordanie face à l'afflux croissant de réfugiés syriens

17/04/2013 06:20 EDT | Actualisé 17/06/2013 05:12 EDT

L'afflux massif de dizaines de milliers de réfugiés syriens en Jordanie pèse lourdement sur l'économie du royaume, affecté par un fort taux de chômage et une inflation galopante, provoquant l'agacement et l'impatience de la population.

Amman dit accueillir plus de 500.000 réfugiés syriens ayant fui la guerre dans leur pays et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'attend à ce que leur nombre atteigne 1,2 million fin 2013, soit l'équivalent d'un cinquième de la population jordanienne.

Face à cet afflux massif, de nombreux habitants du royaume, où environ 14% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, accusent les réfugiés de leur prendre leurs emplois.

"Plus de 160.000 Syriens occupent différents emplois en Jordanie, la plupart n'ont pas de permis de travail", a indiqué à l'AFP Hamada Abou Nejmeh, secrétaire général au ministère du Travail. "C'est un chiffre énorme, qui a un impact très négatif".

Les Syriens "privent les Jordaniens de travail. Si cela continue, le chômage va augmenter et nos programmes pour aider les citoyens vont être affectés négativement".

Le taux de chômage dans le pays se situe officiellement autour de 14%, mais d'autres sources évoquent un chiffre de 30%.

Selon M. Abou Nejmeh, les Syriens acceptent de travailler pour moins que le salaire minimum de 190 dinars par mois (203 euros) et aussi de faire de plus longues heures.

"J'ai un restaurant et j'ai récemment licencié trois Jordaniens que j'ai remplacés par trois Syriens. Je paie moins les Syriens, alors qu'ils sont plus professionnels et plus sérieux dans leur travail", reconnaît ainsi Imad Marji, de la ville de Mafraq, près de laquelle est installé l'immense camp de Zaatari (150.000 réfugiés).

Autre problème: les loyers qui montent. "Les loyers ont doublé dans les villes de Ramtha et d'Irbid (nord). Un appartement habituellement loué 125 (134 EUR) dinars par mois est passé à 250 dinars (270 EUR)," explique Fathi Bashabsheh, propriétaire d'un complexe immobilier à Ramtha où résident 35 familles syriennes.

"Quelque 130.000 personnes vivent maintenant à Ramtha, dont 40.000 Syriens. C'est un problème pour les habitants de Ramtha qui ont des difficultés pour trouver des emplois et louer des maisons ou des magasins".

Dimanche, le Premier ministre jordanien Abdallah Nsour a lui-même affirmé que "la crise syrienne et ses retombées (avaient) atteint le stade de la menace à la sécurité nationale de la Jordanie".

"Les Jordaniens sont très inquiets face au nombre croissant de Syriens", déclare Mohamed Abou Roummane, chercheur au Centre d'études stratégiques de l'Université de Jordanie.

"Les statistiques montrent que la majorité d'entre eux ne veut pas plus de réfugiés syriens. Les Jordaniens sont agacés par la façon dont le gouvernement gère la question et le fait que la Jordanie n'obtiennne pas assez d'aide".

Face à l'afflux de réfugiés, un nouveau camp, construit et géré par les Emirats arabes unis, a dû être ouvert début avril dans la région de Mreigeb al-Fouhoud au nord-est d'Amman.

Dans ce camp, qui accueille pour le moment 600 réfugiés, Fatima, une étudiante en médecine de 27 ans, comprend ce que les Jordaniens peuvent ressentir.

"Des centaines de milliers de Syriens partagent la nourriture, l'eau et d'autres choses encore avec les Jordaniens, qui ont des ressources très limitées, déjà à peine suffisantes pour eux", dit-elle devant sa caravane.

Hajeh, 43 ans, arrivée en Jordanie il y a deux jours avec ses quatre enfants, est du même avis: "Nous comprenons que nous sommes un fardeau. Le monde a laissé tomber la Jordanie et nous aussi".

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