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Manifestations au Venezuela: Capriles et Maduro s'accusent

16/04/2013 01:37 EDT | Actualisé 16/06/2013 05:12 EDT
AP

Le gouvernement vénézuélien a "ordonné" la violence afin de ne pas avoir à recompter les bulletins de vote après l'élection contestée à la présidence de Nicolas Maduro, a affirmé mardi sur Twitter le candidat de l'opposition à la présidentielle, Henrique Capriles.

"L'illégitime (Nicolas Maduro) et son gouvernement ont ordonné la violence pour éviter le comptage des votes ! Ce sont eux les responsables !" des violences de la veille, qui ont fait au moins sept morts, selon les autorités, a écrit M. Capriles.

De son côté, le président élu du Venezuela, Nicolas Maduro, a imputé mardi à l'opposition "fasciste" les victimes tuées lors de manifestations contre son élection, annonçant qu'il n'allait "pas permettre" un rassemblement de l'opposition prévu mercredi à Caracas.

"Ils ont été tués par les hordes fascistes", a déclaré M. Maduro à la télévision, après avoir accusé son adversaire Henrique Capriles de tenter d'orchestrer un "coup d'Etat".

Les manifestations depuis lundi soir au Venezuela contre l'élection à la présidence de Nicolas Maduro ont fait au moins sept morts et une soixantaine de blessés, selon les autorités, tandis que les partisans de l'opposition et du gouvernement poursuivaient mardi leurs rassemblements dans tout le pays.

A l'appel du gouverneur de l'Etat de Miranda (nord), Henrique Capriles, qui refuse de reconnaître sa défaite et réclame un nouveau comptage des votes, des milliers de personnes sont descendues dans la rue, des manifestations émaillées de violence dans la nuit de lundi à mardi.

"A la suite de ces violences, sept Vénézuéliens sont morts, parmi eux un fonctionnaire de police de l'Etat de Tachira (ouest)", a annoncé au cours d'une conférence de presse, le procureur général Luisa Ortega, précisant que 135 personnes avaient été interpellées pendant ces manifestations.

Un partisan de M. Maduro, un homme de 45 ans, a été tué et une femme blessée par arme à feu au cours de manifestations dans la périphérie de la capitale, a précisé mardi le ministre des Affaires étrangères, Elias Jaua, qui a qualifié les opposants de "fascistes".

"Aujourd'hui les forces de sécurité sont en alerte" et "nous avons incité les forces politiques à la mobilisation démocratique pour célébrer et officialiser la victoire" à la présidentielle, a lancé M. Jaua, au cours d'une réunion avec le personnel diplomatique accrédité.

"L'extrême droite a pris en otage l'opposition et sème la violence", a affirmé le vice-président Jorge Arreaza, dans un message sur Twitter.

M. Capriles, un avocat de 40 ans, a appelé à des rassemblements mardi devant tous les centres régionaux du Conseil national électoral (CNE), qui a officialisé la victoire de M. Maduro, l'héritier du dirigeant socialiste charismatique Hugo Chavez, obtenue d'une courte tête (50,75% contre 48,97%).

Ses sympathisants ont commencé à se rassembler dans les Etats de Barquisimeto et de Maracaibo, tandis que des groupes de fidèles "chavistes", portant des chemises rouges, ont défilé dans ceux de Zulia, de Monagas, d'Anzoategui, de Carabobo et d'Apure, selon des images diffusées par la télévision.

Face à la mobilisation de l'opposition, le nouveau chef d'Etat élu, qui doit être investi vendredi, a dénoncé lundi soir une "volonté de coup d'Etat", qualifiant de "caprices de bourgeois" la demande d'un nouveau comptage.

Des images de véhicules incendiés dans l'Etat de Barinas, dont est originaire M. Chavez, et du siège du parti socialiste (au pouvoir) partiellement détruit dans l'Etat de Tachira (ouest) ont été diffusées par les chaînes de télévision publiques.

Selon les autorités, plusieurs médecins cubains travaillant dans des quartiers pauvres, dans le cadre de la coopération avec le Venezuela, ont aussi été agressés.

La chaîne de télévision officielle VTV et la chaîne internationale Telesur, financée par le Venezuela, ont affirmé que des groupes d'opposants à moto s'en étaient pris à leurs sièges à Caracas.

Des membres du gouvernement ont accusé des manifestants d'avoir attaqué le domicile de la présidente du CNE, Tibisay Lucena, ainsi que plusieurs bureaux du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), dont l'un a été incendié.

Cible de la colère de l'opposition, Mme Lucena a assuré que le système de vote électronique était infaillible et a suggéré à M. Capriles d'utiliser les "voies légales" en déposant un recours au lieu de brandir des "menaces".

"Je n'ai aucun doute sur le résultat du CNE, mais je crois qu'il est important de de rassurer les gens" qui se posent des questions, a déclaré à l'AFP Vincente Diaz, l'un des membres du CNE, réputé proche de l'opposition.

"Il va y avoir des manifestations, qui vont devoir cesser à un moment. Les gens vont accepter que le président est Maduro, qu'il a une base légitime, mais affaiblie. Mais Maduro doit aussi commencer à gouverner et à faire des gestes", a estimé le politologue Inacio Avalos, interrogé par l'AFP.

Les rues de Caracas avaient retrouvé le calme mardi matin, après les manifestations de la veille. "Fraude" ou encore "Maduro, tu m'as volé mon vote" pouvait-on lire sur les murs. Des abribus ont également été détruits lors d'incidents avec la police qui a fait usage de gaz lacrymogène.

"Nous avons le droit de demander un nouveau comptage des votes pour connaître la vérité", a déclaré mardi à l'AFP Yoni Pares, une étudiante de 24 ans, dans le quartier d'affaires de Chacao.

"Je suis sûre qu'il y a eu des fraudes, mais il faut que nos manifestations restent pacifiques", a-t-elle ajouté, accusant des "bandes chavistes à moto" de chercher à "générer la violence".

Toutefois les partisans de M. Maduro font porter la responsabilité de tout débordement sur l'opposition, dans un pays toujours marqué par le spectre de la violence avec une insécurité record (16.000 homicides en 2012),

"Cela a été un peu irresponsable d'appeler à sortir manifester en disant qu'il y a eu fraude. Si tout le monde descend dans la rue, cela peut déboucher sur le chaos", a affirmé à l'AFP Luis Alvarez, un cuisinier de 26 ans.