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Les investisseurs russes déçus par Chypre ne vont pas pour autant déserter

16/04/2013 04:03 EDT | Actualisé 15/06/2013 05:12 EDT

Les investisseurs russes à Chypre ont été choqués par la façon dont ils ont été mis à contribution dans le cadre du plan de sauvetage européen, mais tous ne vont pas pour autant fermer leur société sur l'île.

"Les capitaux vont partir mais je pense que la majorité des sociétés internationales vont garder leurs structures à Chypre", estime pour sa part Christodoulos Angastiniotis, dirigeant de l'Agence chypriote pour la promotion des investissements.

En début de semaine, dans la foulée des mesures draconiennes prises à Chypre et prévoyant de lourdes ponctions sur les comptes de plus de 100.000 euros dans les deux plus grandes banques chypriotes, une conférence annuelle sur les investissements russes s'est déroulée à Limassol, ville côtière accueillant plusieurs dizaines de milliers de ressortissants russes.

Les avoirs russes dans les banques chypriotes étant estimés à 31 milliards de dollars par l'agence Moody's, les pertes pourraient se chiffrer à quelques milliards.

La société publique de transport maritime Sovcomflot risque ainsi de perdre 25,8 millions de dollars déposés dans la banque chypriote Laiki Bank, selon ses résultats financiers, tandis que le premier constructeur automobile russe, Avtovaz, a indiqué à Moscou craindre de perdre une partie des 641 millions de roubles (16 millions d'euros) bloqués sur des comptes à Chypre.

A Limassol, certains hommes d'affaires, venus de Russie pour la conférence, ont fait part sous couvert de l'anonymat de leur sentiment de "trahison", indiquant avoir cessé de faire appel aux banques de l'île.

Dès que les limitations sur les mouvements de fonds seront levées, "il y aura de très importantes fuites de capitaux, car (...) la décision de l'Eurogroupe a brisé la confiance dans le système bancaire chypriote", renchérit Theo Parperis, président de l'Institut des experts comptables de Chypre.

"C'est la fin de Chypre en tant que refuge pour d'importants dépôts, mais notre activité n'est pas seulement basée sur les dépôts", souligne-t-il.

"Le secteur financier va rester une des principales sources de revenus pour Chypre", assure-t-il, soulignant que les contreparties draconiennes au prêt de 10 milliards d'euros concédé par la BCE, l'UE et le FMI n'ont pas entamé les principaux atouts de Chypre. Parmi eux: une faible imposition, des traités fiscaux signés notamment avec la Russie, mais aussi l'abondance d'avocats, auditeurs ou experts comptables très qualifiés, la qualité de vie et la proximité culturelle entre les deux pays.

Ces éléments font de Chypre "un endroit très pratique pour implanter une holding", confirme Natalya Kaspersky, PDG d'une société russe de gestion de données, tout en estimant que l'île a perdu de son attrait.

"Vu les mesures qui ont déjà été prises, on se demande ce que réserve l'avenir -l'impôt sur les sociétés a déjà été augmenté, de 10 à 12,5%, et on n'a aucune garantie que d'autres changements majeurs ne seront pas imposés", dit-elle, ajoutant avoir "commencé à réfléchir sur un éventuel changement de juridiction pour nos holdings".

"Nous n'avons été que très peu affectés, donc nous ne réagissons pas sous le coup de l'émotion comme certains hommes d'affaires qui veulent se retirer complètement de Chypre, mais nous nous devons d'évaluer les risques et les alternatives".

"J'ai le sentiment que la Russie reste un allié de Chypre", souligne Frank-Jurgen Richter, organisateur du Global Russia Business Meeting de Limassol, estimant que l'île va rester une plateforme financière pour les Russes.

Le gouvernement a déjà lancé une offensive de charme à l'adresse de la communauté russe. Le président chypriote Nicos Anastasiades a notamment proposé la nationalité chypriote aux investisseurs ayant perdu 3 millions d'euros ou plus dans la crise bancaire.

cnp/sw

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