NOUVELLES

Élu chef du Parti libéral du Canada, Justin Trudeau lance un appel à l'unité

14/04/2013 05:18 EDT | Actualisé 14/06/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Certains diront que c'était écrit dans le ciel: Justin Trudeau, l'étoile montante des libéraux fédéraux, a été élu chef du Parti libéral du Canada dimanche à l'issue d'une longue course qu'il a conclue par un appel à l'unité.

Avec 80 pour cent des points comptabilisés par les votes des militants et sympathisants, Justin Trudeau prend les rênes d'un parti qui a connu des jours meilleurs et dont la santé, si elle a pris du mieux au fil de la course au leadership, demeure fragile.

Le successeur à Michael Ignatieff a récolté 24 658 points, devançant largement Joyce Murray, qui a dû se contenter de 3130 points. Martha Hall Findlay s'est classée troisième avec 1760 points, devant Martin Cauchon (815 points) et deux autres candidates moins connues.

Fraîchement élu, le nouveau chef du PLC a fait appel à trois groupes de la population: les jeunes, la classe moyenne et les Québécois, qui ont déserté graduellement son parti au cours des dernières élections.

«Le temps est venu pour nous d'écrire un nouveau chapitre dans l'histoire de notre pays. Laissons à d'autres les vieilles chicanes et les vieux débats qui alimentent la grogne (...). Québécoises et Québécois, soyons à nouveau des bâtisseurs du Canada», a-t-il lancé à un auditoire qui se réjouissait de sa victoire.

M. Trudeau espère être en mesure de mettre un point final aux guerres intestines qui se sont succédées au PLC.

«Ça m'importe peu si vous croyiez que mon père était exceptionnel ou arrogant. Ça m'importe peu si vous êtes un libéral de Chrétien, un libéral de Turner, un libéral de Martin ou n'importe quel autre type de libéral. L'ère des clans au sein des Libéraux prend fin dès maintenant, ce soir.»

Pour parvenir à cette unité tant désirée, mais surtout à une éventuelle victoire en 2015, il entend miser sur la classe moyenne, comme il l'a fait dans sa campagne l'ayant mené au fil d'arrivée.

«Sous mon leadership, la raison d'être du Parti libéral du Canada, ce sera vous. Je vous promets que chaque jour, du début à la fin de ma journée, je penserai et travaillerai fort afin de résoudre vos problèmes», a-t-il affirmé.

Reconstruction

Le fils aîné de Pierre Eliott Trudeau, âgé de 41 ans, aura comme principale tâche de reconstruire le parti, troisième aux Communes. Lors des dernières élections générales, le 2 mai 2011, les libéraux n'ont fait élire que 34 députés, avec seulement 18,9 pour cent des suffrages.

Le temps dira si M. Trudeau aura été le sauveur tant attendu par les militants du parti, alors qu'il lui reste un peu plus de deux ans pour élaborer une plate-forme crédible, regagner le coeur des électeurs et tenter de prouver qu'il a ce qu'il faut pour enfiler les chaussures d'un premier ministre.

Les sondages parus au cours des derniers jours placent les libéraux en position avantageuse, disputant avec les conservateurs la première place dans les intentions de vote des Canadiens. Mais un tel engouement pourra être difficile à maintenir sur une période de deux ans.

M. Trudeau sera mis à l'épreuve dès lundi, lors de sa première période de questions aux Communes à titre de chef. Il y affrontera le premier ministre Stephen Harper, réputé parlementaire redoutable, et tentera de se démarquer du chef néo-démocrate Thomas Mulcair.

Il sait par ailleurs qu'il devra riposter aux publicités négatives, qui s'abattront inévitablement sur lui comme elles l'ont fait pour les chefs précédents, Michael Ignatieff et Stéphane Dion.

«Le Parti conservateur fera ce qu'il sait faire. Il tentera de répandre la peur. Il récoltera le cynisme», a soutenu M. Trudeau dans son discours.

Les conservateurs n'ont d'ailleurs pas perdu de temps en lançant une première salve par communiqué.

«Justin Trudeau peut avoir un nom célèbre, mais en une période d'incertitude économique mondiale, il n'a ni le jugement, ni l'expérience requis pour être premier ministre», a écrit Fred DeLorey, directeur des communications du Parti conservateur du Canada.

Les autres partis ne risquent pas eux non plus de lancer des fleurs à celui qui prendra la siège du chef intérimaire Bob Rae en Chambre. Après la désignation de M. Trudeau comme nouveau leader, le député néo-démocrate Peter Julian a ironisé sur le fait qu'il représentait le quatrième sauveur du PLC, mais que les problèmes au sein de cette formation politique perduraient.

«Il y a un nouvel emballage, mais qu'est-ce qu'il y a dans le cadeau?», s'est demandé, de son côté, le chef bloquiste Daniel Paillé.

Record

Parmi les quelque 127 000 militants et sympathisants qui s'étaient enregistrés pour le scrutin, un peu plus de 104 000 auront finalement voté, soit 82 pour cent, sélectionnant en ordre de préférence les six candidats: Justin Trudeau, Martin Cauchon, Joyce Murray, Martha Hall Findlay, Karen McCrimmon et Deborah Coyne. Selon les organisateurs libéraux, il s'agit d'un sommet historique, tous partis confondus. En comparaison, la dernière course à la chefferie des néo-démocrates avait pu compter sur les votes de 65 000 militants, et celles des conservateurs, 97 000.

Selon le mode de scrutin choisi par le parti, chacune des 308 circonscriptions du pays s'était vu attribuer 100 points. Le vainqueur devait donc remporter 50 pour cent des 308 000 points totalisant l'ensemble du Canada.

Justin Trudeau prend la tête du parti presque 29 ans après le départ de son père, Pierre, qui fut le chef du PLC d'avril 1968 à juin 1984.

PLUS:pc