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Les Vénézuéliens ont voté pour désigner le successeur de Hugo Chavez

14/04/2013 09:41 EDT | Actualisé 14/06/2013 05:12 EDT
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CARACAS, VENEZUELA - APRIL 14: Nicolas Maduro, candidate of PSUV greets the people after vote on April 14, 2013 in Caracas, Venezuela. (Photo Gregorio Marrero/LatinContent/Getty Images)

CARACAS - Les Vénézuéliens ont voté dimanche à la présidentielle pour désigner le successeur de Hugo Chavez, avec pour favori l'héritier de sa controversée "révolution socialiste" lancée depuis 14 ans dans ce riche pays pétrolier, alors que l'opposition a dénoncé un risque de fraude.

Le verdict du duel entre Nicolas Maduro, son dauphin politique, et Henrique Capriles, le candidat de l'opposition, devait être connu dans la soirée, après une campagne éclair dominée par le spectre de l'ancien homme fort du Venezuela, emporté par un cancer le 5 mars.

Peu après le début de la fermeture des bureaux de vote, M. Capriles, le gouverneur de l'Etat de Miranda (nord), a lancé une alerte dans un bref message sur son compte Twitter: "Nous alertons le pays et le monde contre l'intention de vouloir changer le choix exprimé par le peuple", a-t-il écrit.

Le vice-président vénézuélien Jorge Arreaza a aussitôt réagi, assurant que le gouvernement allait "respecter le peuple". "Attention, attention, Capriles. Attention, l'opposition", a-t-il répondu sur la chaîne officielle VTV.

Lors du scrutin, le représentant de l'opposition avait incité les électeurs à dénoncer toute irrégularité et assuré qu'une "avalanche de votes" constituerait la meilleure réponse aux fraudes.

Selon M. Capriles, les autorités auraient envoyé des textos à des fonctionnaires et d'autres électeurs afin de les pousser à voter en faveur de son adversaire.

Le Conseil national électoral (CNE), arbitre du scrutin dont l'impartialité est contestée par l'opposition, avait toutefois assuré que le vote s'était déroulé de "manière totalement normale et tranquille".

Mais signe supplémentaire de la tension dimanche soir, le directeur de campagne de Nicolas Maduro, Jorge Rodriguez, a indiqué que le compte Twitter du candidat à la présidentielle avait été la cible de pirates informatiques, de même que celui de son Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV).

Des bidonvilles sur les hauteurs de Caracas aux gratte-ciel de la capitale, réveillés au son du clairon, les électeurs se sont pressés toute la journée dans les bureaux de vote.

Pour les fidèles "chavistes", la victoire ne fait aucun doute. "L'engagement avec la révolution est très fort" et "le peuple va voter massivement pour défendre son héritage", a affirmé à l'AFP Denis Oropeza, un employé de musée, dans le bastion historique du "23 de enero", où se trouve le tombeau du "Comandante".

Actuel président par intérim, M. Maduro, accompagné par deux filles de M. Chavez lors de son vote dans le quartier populaire de Catia, a dédié son vote au défunt chef d'Etat.

"Quand j'ai voté, j'ai voté en sa mémoire, profondément", a-t-il lancé, vêtu d'une simple chemise blanche. "J'ai senti une grande émotion toute la journée, une grande tranquillité", a ajouté l'ancien chef de la diplomatie, convaincu que le scrutin allait battre des "records de participation".

Reprenant le flambeau "anti-impérialiste", il accusé les Etats-Unis d'être "toujours en train de conspirer", assurant qu'il en présenterait de "nouvelles preuves" au lendemain du scrutin.

Crédité d'une avance de 10 à 20 points selon les sondages, cet ancien chauffeur de bus et dirigeant syndical, adoubé par son mentor avant sa mort, s'est affiché comme le garant des programmes sociaux, financés par la manne pétrolière du pays doté des plus grandes réserves de brut au monde.

En 14 ans, la part de la population touchée par la pauvreté a reculé passant de 50 à 29%, selon la commission économique des Nations unies.

"La campagne de Maduro a été centrée sur le fait qu'il est le fils du +Comandante+ et que son triomphe sera celui de Chavez", indique à l'AFP le politologue Ignacio Avalos, tout en notant que l'écart "s'est réduit" grâce au "leadership important" de M. Capriles.

Cet ambitieux avocat avait souhaité l'instauration d'une "véritable démocratie", après avoir voté, en chemise de sports, à La Mercedes, quartier chic de la capitale.

Adepte de l'économie de marché, il s'est engagé à ne plus réserver l'aide de l'Etat aux seuls "pistonnés" et à mettre fin aux barils de brut offerts aux alliés du régime, dont Cuba.

M. Capriles a déjà affronté M. Chavez lors de la présidentielle d'octobre, qu'il a perdue de 11 points, réalisant toutefois le meilleur score jamais obtenu face au champion de la gauche latino-américaine.

Durant la campagne, l'opposition a insisté sur les fléaux quotidiens des Vénézuéliens: une délinquance record avec 16.000 homicides pour 29 millions d'habitants l'an dernier, des coupures de courant et des pénuries alimentaires récurrentes.

"Je suis allé voter en pensant au pays, pour un changement radical, complet", a indiqué à l'AFP Orlando Lasso, 54 ans, patron d'une fabrique de peinture dans le quartier d'affaires de Chacao.

Outre une lourde succession, le prochain président héritera aussi d'une économie fragile avec une dette équivalant à la moitié du PIB et une inflation supérieure à 20%, un record en Amérique latine.