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La démission de Fayyad fragilise les progrès vers un Etat palestinien

14/04/2013 07:27 EDT | Actualisé 14/06/2013 05:12 EDT

La démission du Premier ministre palestinien Salam Fayyad met en question la pérennité du soutien des donateurs, au moment où les institutions internationales soulignent que les progrès réalisés vers un Etat sont réversibles.

M. Fayyad a présenté samedi soir sa démission au président palestinien Mahmoud Abbas, qui l'a acceptée, soldant un conflit ouvert autour de la démission en mars du ministre des Finances Nabil Qassis.

Mais une source officielle palestinienne a affirmé à l'AFP que "l'affaire remontait à septembre, quand la politique budgétaire de M. Fayyad a commencé à être contestée, pour s'aggraver avec des manifestations réclamant son départ, soutenues en particulier par des dirigeants du Fatah", le mouvement de M. Abbas.

"C'était devenu intenable pour Fayyad, d'autant plus que des dirigeants et des responsables passaient leur temps à critiquer sa politique et ses réalisations", a confirmé une autre source officielle sous le couvert de l'anonymat.

Le Premier ministre était apparu largement isolé en septembre face à la grogne sociale en Cisjordanie.

Un mécontentement nourri par la hausse des prix des denrées de base, sans marge de manoeuvre budgétaire à cause de la grave crise financière traversée par l'Autorité en raison des restrictions israéliennes et du non-versement de l'aide promise, en particulier par les Etats-Unis et les pays arabes.

M. Fayyad devrait néanmoins pouvoir se satisfaire d'avoir récemment redressé la barre puisque les donateurs se sont engagés en mars à Bruxelles à relever le montant de leurs contributions.

En outre, la récente visite du président américain Barak Obama s'est traduite par le déblocage de 500 millions de dollars gelés au Congrès et la reprise par Israël du transfert des taxes douanières dues à l'Autorité palestinienne.

En conséquence, l'Autorité a adopté un budget 2013 tablant sur 1,4 milliard de dollars (1,1 md EUR) d'"assistance internationale".

"Si la situation actuelle se prolonge, elle pourrait éroder la capacité des institutions de l'Autorité et mettre en péril les acquis enregistrés dans l'établissement d'institutions", s'inquiétait la Banque mondiale dans son rapport préparé pour la réunion des donateurs, relevant un déficit budgétaire en 2012 d'1,7 milliard de dollars (1,3 md EUR).

"Si rien ne change, ces tendances conduiront au bout du compte à remettre en question la légitimité de l'Autorité palestinienne et à saper sa capacité à gouverner", s'alarmait également le Fonds monétaire international (FMI).

L'administration américaine, qui selon des sources officielles palestiniennes est directement intervenue pour prévenir la démission de M. Fayyad, notamment par un appel téléphonique vendredi soir du secrétaire d'Etat John Kerry à M. Abbas, a appelé les dirigeants palestiniens à poursuivre sur la même voie.

Qualifiant M. Fayyad de "leader pour la promotion de la croissance économique, la constitution de l'Etat et la sécurité du peuple palestinien", la Maison Blanche a dit "compter sur tous les dirigeants palestiniens pour soutenir ces efforts".

La démission de M. Fayyad tombe au plus mal pour la diplomatie américaine, qui, faute de progrès politiques lors de la visite de M. Kerry cette semaine, s'est rabattue sur une entente avec les responsables israéliens et palestiniens pour "promouvoir le développement économique en Cisjordanie" occupée.

"Israël hésitera à promouvoir des mesures économiques en Cisjordanie sans Fayyad aux manettes", écrit dimanche le correspondant diplomatique du quotidien israélien Haaretz.

Selon le politologue palestinien Abdelmajid Souilem, enseignant à l'Université Al-Quds, "la relation entre l'Autorité palestinienne et la communauté internationale ne sera pas plombée parce qu'elle ne repose pas sur une seule personne". "Mais les résultats de l'Autorité sans Fayyad seront davantage encore examinés à la loupe", prévient-il.

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