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CORRIGÉ: Salam Fayyad, incarnation du mirage de l'Etat palestinien

14/04/2013 03:46 EDT | Actualisé 13/06/2013 05:12 EDT

Le Premier ministre palestinien Salam Fayyad, qui a présenté sa démission samedi, a gagné le respect international pour avoir assaini les finances et amélioré la sécurité, mais a échoué dans ce qui lui tenait le plus à coeur: créer un Etat.

Après des semaines de spéculation, cet économiste aux lunettes cerclées et aux cheveux poivre et sel, qui vient d'avoir 61 ans, a abdiqué après avoir usé ces dernières années à s'efforcer de bâtir dans les faits un Etat de Palestine et laissé récemment percer son désabusement.

"Le Hamas a rempli son contrat, pas nous", lâchait-il en novembre lors de la projection à Washington d'un documentaire qui lui est largement consacré, en référence à l'échange d'un millier de prisonniers palestiniens contre un soldat israélien obtenu en 2011 par le mouvement islamiste, au pouvoir à Gaza, qui prône la lutte armée pour "libérer la Palestine".

"Nous avons failli. Je représente cet échec", insistait-il amèrement dans un entretien au New York Times en février, expliquant l'échec de ses efforts par l'occupation et la colonisation israéliennes.

Pourtant, choyé par la communauté internationale, qui lui sait gré d'avoir assaini les finances de l'Autorité palestinienne, Salam Fayyad, originaire du nord de la Cisjordanie, formé à l'Université américaine de Beyrouth et au Texas (Etats-Unis), a largement réussi son pari d"édifier un Etat, en dépit de l'occupation, pour en hâter la fin", dans un plan de deux ans lancé en août 2009.

En 2011, les institutions financières internationales, dont la Banque mondiale, ont salué la réussite de l'entreprise de cet ancien haut fonctionnaire du Fonds monétaire international (FMI), en jugeant l'Autorité palestinienne désormais apte à gérer un Etat.

Titulaire du portefeuille des Finances de 2002 à 2005, M. Fayyad, un indépendant, a été nommé Premier ministre par le président Mahmoud Abbas en juin 2007, après le coup de force du Hamas à Gaza et le limogeage par M. Abbas du gouvernement dominé par le mouvement islamiste.

Connu pour ses inlassables visites de terrain, marié et père de trois enfants, résidant à Jérusalem-Est annexé par Israël, il a volontiers donné de sa personne pour jeter les bases d'un Etat moderne et rationnel.

Mais l'absence de progrès vers un règlement du confit, malgré l'éphémère reprise de négociations de paix parrainées par Washington en septembre 2010, vide ses réalisations de sens.

Depuis deux ans, les problèmes se sont en outre accumulés pour Salam Fayyad. En mai 2011, ce fumeur invétéré a été victime d'un malaise cardiaque lors d'une visite privée aux Etats-Unis.

Parallèlement, un accord de réconciliation avec le Hamas, resté largement lettre morte, prévoit la constitution d'un exécutif provisoire non partisan, dont le mouvement islamiste excluait que M. Fayyad puisse le diriger.

Par la suite, les démarches pour obtenir l'accession de la Palestine au statut d'Etat à l'ONU --une initiative à laquelle on le disait réticent-- ont entraîné des sanctions financières israéliennes et américaines qui ont compliqué sa tâche.

En septembre, la grogne sociale en Cisjordanie, nourrie par la hausse des prix des denrées de base, a visé directement le Premier ministre, qui apparaissait largement isolé.

En mars, une querelle avec le président Abbas, qui lui reproche d'avoir accepté la démission du ministre des Finances Nabil Qassis, a finalement dégénéré en conflit ouvert.

"Fayyad a atteint sa limite. Le fayyadisme est une autre affaire", soulignait l'article du New York Times en février. "C'était une nouvelle façon de penser. Et les idées ont le pouvoir de durer", commentait Salam Fayyad.

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