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Qui savait quoi? La collusion en 17 citations

12/04/2013 04:49 EDT | Actualisé 11/06/2013 05:12 EDT

Un texte de Bernard Leduc

Qui contrôlait la Ville de Montréal sous l'administration Tremblay-Zampino? De nombreux témoins entendus à la commission Charbonneau confirment l'existence d'un système de collusion par lequel des contrats publics étaient octroyés en échange de grosses sommes d'argent comptant pour Union Montréal.

Un texte de Bernard Leduc

Mais si certains admettent y avoir participé, d'autres nient avec véhémence, alors que plusieurs font le portrait d'une administration municipale où la main gauche paraît ignorer ce que fait la main droite.

Les témoignages prochains de l'ex-président du comité exécutif Frank Zampino et de l'ancien maire Gérald Tremblay devraient apporter la touche finale au portrait. Mais déjà, le nom du premier en ressort passablement terni alors que celui du second soulève encore cette même question : que savait le maire ?

Voici donc, en attendant ces témoignages, un bref tour de l'administration Tremblay-Zampino en citations.

Témoignage de Claude Léger, directeur général de la Ville de Montréal (2006-2009)

« Je ne veux pas attaquer monsieur le maire parce que, honnêtement, j'ai beaucoup de respect pour lui, puis je pense qu'il avait un travail excessivement difficile à faire. Mais à l'époque de mon arrivée à la Ville, la phrase qui revenait souvent dans sa bouche c'était : « Monsieur Léger, moi je m'occupe du quoi, puis pour le comment allez voir monsieur Zampino ».

Claude Léger quitte le 22 sept 2009, au lendemain du dépôt du rapport du vérificateur général sur les compteurs d'eau :

« Je suis allé voir le maire après la conférence de presse du vérificateur général, puis j'ai dit au maire: ''Écoutez, Monsieur le Maire, vous puis moi, on a le même problème. Vous avez fait confiance à monsieur Zampino, c'était votre bras droit. Moi, je lui ai fait confiance, c'était mon patron'' ».

Témoignage du président de Génius Conseil, Michel Lalonde

Il se décrit comme le porte-parole des firmes de génie-conseil dans le système de partage de contrats de la Ville qu'aurait instauré, contre argent comptant pour le parti Union Montréal, Bernard Trépanier, avec l'aval de Frank Zampino, président du comité exécutif :

« C'est avec lui [Bernard Trépanier] qu'on s'entend, puis lui m'a dit : "regarde, j'ai l'aval de monsieur Zampino", comme il me disait toujours, "puis tout est correct" ».

Q. « Monsieur Zampino n'a jamais été là lorsque de l'argent a été remis à monsieur Trépanier? » R. « Non. À ma connaissance, j'ai toujours remis l'argent directement à monsieur Trépanier. »

Témoignage de Rosaire Sauriol, vice-président démissionnaire chez Dessau

Q.« Donc, quand vous allez souper avec Frank ou quand vous allez souper soit chez lui, soit au Club St-Denis, soit ailleurs, vous savez que vous êtes avec le gros boss, là? ». R. « Oui. On sait qu'on est avec l'homme le plus puissant de Montréal. [...] Q. « ...avez-vous déjà parlé à M. Zampino à l'effet que vous donniez de l'argent comptant à monsieur Trépanier? ». R. « Écoutez, dans toute l'histoire, là, c'est sûr que oui. [...] ». Q. « Donc, vous savez que c'est M. Zampino qui, avec M. Trépanier et M. Lalonde, règle l'attribution des contrats? ». R. « Vous avez raison ». Q. « Et vous savez que c'est en donnant de l'argent qu'on a droit à une part de contrats? R. « Vous avez raison ».

« Je serais très, très, très, très étonné que monsieur Tremblay ait eu le début du commencement de cette histoire-là de collusion. Ça, c'est mon opinion ».


Témoignage de François Perreaut, vice-président démissionnaire chez Genivar

M. Perreault s'explique sur le partage des contrats de la ville contre ristournes en argent comptant:

Q. « Qui décidait : est-ce que c'est M. Trépanier, lui personnellement, qui décidait de tout ça ou, à votre connaissance, ça relevait de quelqu'un plus haut que lui? » R. « À ma connaissance, ça relevait de quelqu'un de plus haut, ça relevait de M. Zampino ».



Témoignage d'Yves Cadotte, vice-président principal chez SNC-Lavalin

Q. « Est-ce exact de dire qu'il y avait carrément un système de partage des contrats de services professionnels qui a été instauré par M. Zampino et M. Trépanier? ». R. «  Il y avait un système qui existait, effectivement, qui était organisé, et M. Trépanier était au coeur de ça. Mais, dans mon esprit, c'est certain que ça originait, disons, de M. Zampino là, comme tel ».

Témoignage de Bernard Trépanier, ex-argentier d'Union Montréal (2004-2006)

Q. « ... si je vous disais que monsieur Zampino et vous aviez la mainmise sur l'ensemble des contrats qui venaient du central, qu'une fois l'élection de 2005 gagnée, vous avez instauré un système de partage des contrats, moyennant une rétribution de 3 % de la valeur du contrat? » R. « Non ». Q. « Non. Ce n'est pas vrai ça? » R. « Non ». Q. « Ce n'est pas vrai du tout ça. Alors, les ingénieurs sont venus... monsieur Lalonde et compagnie sont venus témoigner... » R. « Ils ont acheté des tables, j'ai vendu des tables ».

Malgré son renvoi en 2006, Bernard Trépanier continue à faire du financement pour Union Montréal :

« J'ai continué à faire du financement pour le parti en 2006, 2007, 2008. Le maire était à la porte, le maire a toujours été avec moi. En 2009, à Lachine, une des dernières fois, là, j'avais été donner un petit coup de main. Le maire était avec moi ».

Témoignage de Serge Pourreaux, directeur de l'approvisionnement de la Ville de Montréal (2003 - 2006)

Il soutient que Frank Zampino a torpillé sa stratégie pour ouvrir le marché des travaux publics de la Ville en écartant successivement son patron Guy Hébert, lui-même ainsi que le directeur général de la Ville Robert Abdallah :

« Il n'y a pas grand monde qui peut tasser un directeur général dans une ville, il y a le maire ou le président du comité exécutif. »

« Ça a été un putsch : comme le projet ne pouvait pas être arrêté, ils ont écarté les trois porteurs de dossiers en ordre hiérarchique. »

Témoignage d'Elio Pagliarulo, qui se présente comme un ancien ami et partenaire d'affaire de Paolo Catania, de Frank Catania et associés

M. Pagliarulo soutient que l'ex-président du comité exécutif de Montréal, Frank Zampino, a reçu d'importants pots-de-vin de Paolo Catania, de Frank Catania et associés, en lien avec le projet Faubourg Contrecoeur :

Q. « Savez-vous si M. Catania a fait des cadeaux à M. Zampino ? ». R. « Oui. Il y a eu un cadeau de 300 000 $, de moi à Paolo Catania, à lui. Q. « Nous y reviendrons. Il y a donc, d'abord, 300 000 $ donnés à M. Zampino. A-t-il reçu d'autres faveurs, des avantages? » R. « Eh bien, sa cuisine a été refaite pour une valeur de 250 000 $ ».

Témoignage de Martin Dumont, ex-organisateur politique d'Union Montréal; réplique de Marc Deschamps

Martin Dumont soutient avoir assisté à une rencontre où l'agent officiel du parti lui aurait révélé l'existence d'une double comptabilité à Union Montréal, en présence du maire Gérald Tremblay :

« À ce moment-là, l'agent officiel m'a sorti un document imprimé [...] et c'était deux budgets. Et c'est là qu'il m'a dit : "Mais Martin, c'est pour ça qu'on a un budget officiel et un budget officieux de campagne" [...] Quand M. Deschamps a sorti la feuille [...], c'est à ce moment que le maire de Montréal Gérald Tremblay s'est levé et a dit : "moi j'ai pas à savoir ça". Il a quitté, il est parti et il a fermé la porte en sortant. »

La réplique de Marc Deschamps :

« La journée spécifique où monsieur Dumont a fait une mise en cause de moi-même et du maire [...] il m'a appelé [...] Et évidemment, tous les deux, on se comprenait que ces rencontres-là, ou du moins cette rencontre-là n'avait jamais eu lieu. »

Témoignage de Marc Deschamps, trésorier et agent officiel d'Union Montréal

M. Deschamps relate une conversation téléphonique avec Gérald Tremblay à l'automne 2012 sur les circonstances entourant le renvoi de Bernard Trépanier par le maire en 2006 :

« Il m'a dit qu'il lui avait demandé de partir pour deux raisons, sans pour autant lui avoir dit, ce que j'ai compris, là. Primo, il lui reprochait sa proximité avec M. Zampino et deuxièmement, une autre raison... une autre raison que personne ne sait aujourd'hui, ne sait toujours pas aujourd'hui, qu'il - et je cite - qu'il ne lui a même pas dit. »

Témoignage de Christian Ouellet, ex-directeur général d'Union Montréal

M. Ouellet a reçu près de 300 000 $ de la firme de génie-conseil Roche entre 2004 et 2008 alors qu'il était en poste à Union Montréal :

Q. « Est-ce que le maire de Montréal était informé de ça? ». R. « Non. Moi, je me rapporte à l'exécutif, mais c'est un mandat que j'ai pris puis je n'ai pas informé le maire ». Q. « Vous n'avez pas informé l'exécutif non plus? ». R. « Non ». Q. « Pourquoi? ». R. « Bien, c'est parce que c'était un mandat que j'avais ».

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