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Morsi et l'armée serrent les rangs après des fuites accusant les militaires

12/04/2013 10:18 EDT | Actualisé 12/06/2013 05:12 EDT

Le président égyptien, l'islamiste Mohamed Morsi, et le chef de l'armée ont serré les rangs après des fuites concernant un rapport mettant en cause les militaires dans des meurtres et des exactions pendant et après la révolte qui a renversé Hosni Moubarak début 2011.

Le ministre de la Défense et patron des armées, le général Abdel Fattah al-Sissi, a démenti toutes violations par des militaires après un entretien avec M. Morsi jeudi.

"Je jure par Dieu que les forces armées n'ont pas tué, ni n'ont ordonné de tuer. Elles n'ont ni agi traîtreusement, ni ordonné de traîtrise", a affirmé le général aux côtés du président, dans un message retransmis par la télévision vendredi.

M. Morsi a loué l'armée pour "avoir protégé l'Egypte lorsqu'elle a commencé sa marche le 25 janvier", en allusion au soulèvement de 2011 qui a renversé le président Hosni Moubarak et a été suivi par une période de transition de 14 mois sous l'égide de l'armée.

Flanqué de hauts gradés, le président a promu jeudi trois responsables militaires, dans une manifestation de soutien très ostensible à l'armée.

M. Morsi a voulu "apaiser la situation et dissiper les tensions qui règnent dans l'armée, consécutives à une campagne diffamatoire et aux attaques de la part de certains politiciens", a rapporté l'agence officielle Mena.

Le quotidien britannique The Guardian et des journaux égyptiens ont publié des extraits d'un rapport soumis à M. Morsi en janvier, mais toujours pas publié.

Ces extraits accusent l'armée de torture et de disparitions forcées pendant les 18 jours du soulèvement contre M. Moubarak --qui en avait appelé à l'armée pour contenir la révolte-- et les mois qui ont suivi sa chute.

Le premier président islamiste et civil d'Egypte avait formé mi-2012, dans un contexte de fortes tensions avec l'appareil militaire, une commission d'enquête sur les violences commises lors de la révolte et les mois suivants.

Le déploiement de l'armée, accompagné de déclarations selon lesquelles elle resterait neutre et n'ouvrirait pas le feu contre la foule, avait été largement applaudi par la population, avant que son image ne se ternisse au fil des mois.

Un passage publié par The Guardian affirme que l'armée a donné l'ordre à des médecins d'opérer sans anesthésie des manifestants blessés lors de rassemblements organisés contre le pouvoir militaire en mai 2012.

Il n'a pas été possible de confirmer si les passages ayant fuité provenaient d'un projet de rapport ou du document final.

M. Morsi avait transmis ce rapport en janvier à un "parquet révolutionnaire" créé spécialement.

Le département d'Etat américain a demandé que ce document soit "rendu public" et "exhorté le gouvernement égyptien à enquêter de manière crédible et indépendante sur toutes les accusations de violence". Aux yeux de l'organisation américaine Human Rights Watch, ce serait "la première reconnaissance par le gouvernement des abus commis par l'armée et la police pendant deux années".

Le secret entourant ce document a provoqué des soupçons sur d'éventuelles suppressions de ces conclusions par le pouvoir égyptien.

Un conseiller de M. Morsi a déclaré à l'AFP que le rapport détaillait "16 faits nouveaux, qui ont été confiés pour investigation à 16 procureurs". Selon lui, la responsabilité du président sur l'enquête s'est terminée avec cette saisine du parquet.

L'armée est un acteur capital dans le jeu politique en Egypte depuis le renversement de la monarchie en 1952 par un groupe d'officiers conduits par le futur président Gamal Abdel Nasser.

Elle est à la tête d'un énorme patrimoine économique et conserve la haute main sur son budget, tenu secret.

M. Morsi, issu du mouvement autrefois clandestin des Frères musulmans, avait quasiment été mis sous tutelle du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au début de son mandat. Il a renversé la situation en août 2012, en mettant à la retraite le puissant chef des armées hérité de l'ère Moubarak, le maréchal Hussein Tantaoui.

Plus discrète qu'autrefois, l'institution militaire est toutefois restée influente en coulisses.

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