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L'adhésion d'Al-Nosra à Al-Qaïda, un "cadeau" pour le régime syrien

12/04/2013 07:28 EDT | Actualisé 12/06/2013 05:12 EDT

L'adhésion publique à Al-Qaïda du Front Al-Nosra, le groupe rebelle le plus combatif en Syrie, est une aubaine pour le régime qui pourrait intensifier ses opérations contre les insurgés en profitant de la gêne des pays occidentaux après cette annonce.

"C'est un point en faveur du régime car cela conforte la version officielle qui parlait de groupes terroristes et de forces étrangères qui les soutiennent", estime Bassam Abou Abdallah, directeur du centre de Damas pour les études stratégiques.

Le Front al-Nosra, composé de jihadistes et étrangers, a annoncé mercredi avoir prêté allégeance au chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui avait appelé quatre jours plus tôt les rebelles à lutter pour l'instauration d'un "Etat islamique jihadiste".

"Tout ce qui contribue à associer l'opposition à Al-Qaïda est une aubaine pour le régime. Il lui suffit de regarder l'emballement médiatique occidental et savourer le moment", assure Thomas Pierret, un expert de l'islam en Syrie.

"Assad peut logiquement en conclure que les débordements idéologiques de ses opposants préoccupent plus les Occidentaux que les tonnes d'explosifs qu'il déverse quotidiennement sur sa population", ajoute ce maître de conférence sur l'Islam contemporain à l'Université d'Edimbourg.

L'annonce d'Al-Nosra a embarrassé aussi bien l'opposition syrienne que la communauté internationale.

"La position de l'opposition se trouve affaiblie devant l'opinion syrienne et internationale", affirme M. Abou Abdallah, qui est un ancien conseiller culturel à l'ambassade de Syrie à Ankara.

"L'opposition syrienne ne peut pas justifier la présence de jihadistes en Syrie devant les Européens. Que va-telle faire après cette annonce? C'est embarassant pour la communauté occidentale qui appelle à un changement démocratique en Syrie", a-t-il ajouté.

Les insurgés sont divisés globalement en trois courants: l'Armée syrienne libre (ASL), principale composante de la rébellion qui dit combattre pour un changement démocratique et est soutenue par les Occidentaux, les salafistes du Front islamisque syrien et les jihadistes d'Al-Nosra.

Selon des chiffres non vérifiables avancés par les experts, l'ASL compte 140.000 membres contre 8.000 combattants d'Al-Nosra, mais ces derniers sont les plus audacieux au combat et bénéficient d'une réelle aura dans la population.

Pour M. Abou Abdallah, le régime va en profiter pour frapper plus fort. "C'est un feu vert pour les autorités", dit-il.

"La situation est devenue plus claire. Nous allons voir une grand changement sur le terrain et une intensification des opérations militaires pour en finir avec ce groupe", poursuit l'analyste.

Sur le terrain, les lignes de front semblent s'être stabilisées, sauf dans le sud où la rébellion progresse. Le régime tient le littoral et les grandes villes, à l'exception de Raqa (à l'est) et d'une grande partie d'Alep, alors que les insurgés sont solidement installés dans l'est et le nord.

Mais c'est principalement au niveau international que l'opposition risque de pâtir de l'annonce. "Cela met les pays occidentaux dans un grand embarras; d'autant plus que la coopération entre les rebelles et ces jihadistes rend quasiment impossible d'armer" l'ASL, selon Charles Lister, analyste du Jane's Terrorism and Insurgency Centre (JTIC), à Londres.

Pour ce chef du département Moyen-Orient et Afrique du Nord, les pays occidentaux "se doutaient depuis longtemps d'un lien entre Al-Nosra et Al-Qaïda, et c'est probablement la principale raison derrière leur refus d'armer les rebelles".

Réunis jeudi à Londres, les ministres du G8 n'ont pas répondu à l'appel de l'opposition à armer la rebellion et la France a annoncé vouloir discuter avec ses partenaires européens et au Conseil de sécurité d'un éventuel classement du Front al-Nosra comme "organisation terroriste".

Mais pour M. Pierret, en fait tout cela arrange bien l'Occident. "Un embarras pour les pays occidentaux? Non, au contraire: un nouveau prétexte bien commode pour justifier leur immobilisme puisque, contrairement à ce qu'ils affirment de manière peu convaincante, ils ne souhaitent pas réellement aider l'opposition", regrette-t-il.

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