NOUVELLES

Un milliardaire devant la justice à New York pour des vins français contrefaits

11/04/2013 07:14 EDT | Actualisé 11/06/2013 05:12 EDT

Accusation et défense se sont durement opposées jeudi à New York, au dernier jour d'un procès intenté par un milliardaire américain qui avait acheté à prix d'or de très grands vins français contrefaits.

Bill Koch, 72 ans, un collectionneur passionné, avait porté plainte en 2007, deux ans après avoir acheté aux enchères 2.669 bouteilles de vins pour quelque 3,5 millions de dollars. Toutes venaient de la cave d'Eric Greenberg, 48 ans, homme d'affaires multicartes qui s'était monté, en quelques années en vue de revente, une collection de 70.000 bouteilles.

Mais 24 bouteilles achetées pour 355.000 dollars par M. Koch étaient contrefaites, dont un magnum de Chateau Pétrus 1921 acheté 29.500 dollars, une bouteille de Château Latour 1928 payée 2.873 dollars, un Château Latour de 1864, des Cheval Blanc 1921, ou encore des Lafleur 1949.

Certaines bouteilles avaient été présentées par M. Greenberg comme venant de la "royauté anglaise".

Après six ans de préparatifs impliquant des centaines de documents, le procès a duré deux semaines, les 24 bouteilles incriminées bien en vue, objet de multiples manipulations et explications sur leur bouchon, leur capsule, l'étiquette, l'encre, la colle...

Les experts se sont succédés, offrant aux six jurés populaires (et deux remplaçants) une rare plongée dans cet univers des ventes et reventes aux enchères de très grands vins, que certains collectionneurs payent à prix d'or, au risque parfois d'acheter de lucratives contrefaçons.

MM. Koch et Greenberg étaient présents jeudi à quelques mètres de distance, chacun entouré d'une demi-douzaines d'avocats et assistants.

Dans sa plaidoirie finale, l'avocat de Greenberg, Arthur Shartsis, a farouchement rejeté l'idée d'une fraude intentionnelle de son client, et souligné le petit nombre de bouteilles concernées.

"M. Greenberg ne pensait pas que ces bouteilles étaient fausses", a-t-il affirmé, cherchant à faire porter la responsabilité finale sur le marchand de vins Zachys, qui avait organisé les enchères et qui "selon le contrat était complètement responsable".

M. Greenberg "n'avait pas l'intention de tromper", a-t-il insisté, concédant au pire une "erreur", alors que M. Greenberg prenait soin selon lui d'isoler les bouteilles contrefaites découvertes dans sa propre cave.

Il a aussi souligné que la vente de 2007 précisait que les bouteilles étaient vendues "telles que", donc "sans garantie", une règle que M. Koch, un collectionneur expérimenté, ne pouvait ignorer.

Mais John Hueston, l'avocat de M. Koch, PDG d'Oxbow Group, a démonté implacablement ces arguments, affirmant que M. Greenberg avait été informé par plusieurs experts que sa collection comptait un grand nombre de vins contrefaits, et qu'il s'en était débarrassé intentionnellement, dont les 24 bouteilles aux dépens de M. Koch.

"M. Greenberg savait, n'a rien dit à personne (...) et les a vendus à prix d'or", a déclaré l'avocat.

Copies d'emails à l'appui, il a décrit un homme qui connaissait les revendeurs et intermédiaires malhonnêtes, avait choisi de ne pas trop s'attarder sur l'origine de ses vins, mais savait reconnaître les contrefaçons pour en avoir été victime.

Greenberg, qui est depuis devenu PDG d'une entreprise vendant de la nourriture "bio" à San Francisco, connaissait notamment Rudy Kurniawan, un collectionneur californien qui a comparu mercredi devant un autre juge fédéral new-yorkais, accusé d'avoir contrefait et vendu des vins présentés comme des grands crus français.

Bill Koch lui avait également acheté des vins contrefaits lors d'autres enchères.

Greenberg, poursuivi pour fraude et publicité mensongère dans cette procédure civile, avait peu après le dépôt de la plainte proposé de rembourser M. Koch, mais celui-ci avait refusé. Il réclame des dommages et intérêts au montant non précisé.

bd/are

PLUS:afp