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Jackie Robinson, un joueur, un héros

11/04/2013 02:48 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT

Jackie Robinson a marqué l'histoire, avec son bâton et sa détermination. Le film 42 nous replonge au début des années 1940, au moment où la ségrégation raciale fait partie du paysage américain.

Un texte de Justine Boutet

Jack Roosevelt Robinson, dit Jackie Robinson, a vu le jour le 31 janvier 1919 à Cairo en Georgie. Il est mort le 24 octobre 1972 à l'âge de 53 ans, à Stamford, dans le Connecticut. Il a été le premier Noir en 1947 à jouer dans les ligues majeures de baseball. Sa carrière s'est terminée en 1956. Il a joué aux premier, deuxième et troisième buts.
Formation : Pasadena City College (1937-1939), John Muir High School, Université à Los Angeles
Distinctions et récompenses : Médaille présidentielle de la liberté, Médaille Spingarn (NAACP 1956)
Parents : Mallie Robinson, Jerry Robinson
Enfants : Jackie Robinson fils, David Robinson, Sharon Robinson

Une époque où les Blancs et les Noirs devaient manger dans des restaurants séparés, boire à des fontaines séparées, utiliser des toilettes séparées et embarquer dans des autobus séparés.

« J'ai joué au baseball pendant 17 ans. Au tout début, quand on s'arrêtait pour manger, il y avait de mes coéquipiers qui ne pouvaient pas débarquer de l'autobus parce que le restaurant n'acceptait que les Blancs. C'était le cas d'Ed Charles, qui a été l'un de mes coéquipiers pendant quatre ou cinq ans, a dit l'ancien lanceur des Expos Claude Raymond.

« Il a d'ailleurs un rôle dans le film 42. C'est le petit garçon qui attrape la balle que lui lance Jackie Robinson. Ed me disait : ''Frenchy apporte-moi donc un hamburger ou deux hot-dogs parce que moi je ne peux pas y aller." »

La ségrégation avait aussi sa place dans les ligues majeures de baseball. D'un commun accord, les propriétaires d'équipes avaient décidé d'exclure les Noirs de leur circuit.

En 1945, le directeur général des Dodgers de Brooklyn, Branch Rickey, en a assez de cette politique qui privait les équipes des plus grands talents de la Ligue des Noirs (Negro Leagues).

C'est alors qu'il décide d'offrir un contrat à Jackie Robinson.

Montréal avant Brooklyn

Chronologie
31 janvier 1919 : Naissance de Jackie Robinson, à Cairo, en Georgie.
23 octobre 1945 : Le DG des Dodgers de Brooklyn Branch Rickey le recrute.
10 février 1946 : Il épouse Rachel Isum à Los Angeles.
17 mars 1946 : Premier match amical avec les Royaux de Montréal à Daytona Beach.
18 avril 1946 : Premier match officiel dans les rangs professionnels avec les Royaux de Montréal.
18 novembre 1946 : Naissance de son fils Jackie.
15 avril 1947 : Il fait ses débuts au baseball majeur avec les Dodgers de Brooklyn dans un match contre les Braves de Boston.
30 septembre 1956 : Il dispute son dernier match dans l'uniforme des Dodgers.
5 janvier 1957 : Il annonce officiellement sa retraite sportive.
22 juillet 1962 : Il est intronisé au Temple de la renommée du baseball
24 octobre 1972 : Décès de Jackie Robinson à l'âge de 53 ans.
15 avril 1997 : Pour le 50e anniversaire de son premier match dans le baseball majeur, la MLB retire le 42.
3 mars 2004 : Le baseball majeur proclame le 15 avril la journée Jackie Robinson.

Pour faciliter son intégration dans les majeures, il l'envoie d'abord dans le club-école à Montréal, où les tensions raciales sont plus modérées.

Robinson n'a passé qu'une seule saison dans la métropole, en 1946. Mais quelle saison!

Il a été un élément-clé de la conquête de la Petite Série mondiale avec les Royaux.

« Les Canadiens, les Québécois l'ont aidé très souvent, comme pour aller chercher l'épicerie ou encore répondre aux questions de son épouse Rachel, explique Jean-Pierre Roy, coéquipier de Robinson avec les Royaux.

« Les Québécois ont bien compris sa situation et tous les sacrifices qu'il faisait pour se valoriser au point de vue sportif et humain. »

Mais Robinson a dû se forger une carapace. Chaque fois qu'il posait le pied dans un stade aux États-Unis, il s'exposait aux menaces et aux sévices physiques et psychologiques de la foule et des joueurs.

« J'avais un ami dans le baseball, un lanceur, et puis devant moi et d'autres joueurs, il avait dit qu'il serait le premier à atteindre Jackie Robinson à la tête, poursuit M. Roy. On savait qu'il n'aimait pas les Noirs. Ce sont des souvenirs qui me font réellement mal au coeur, seulement de me les rappeler. Mais Jackie était capable, comme être humain, de remporter une victoire sur les insultes.

« Il avait un caractère agressif, mais il savait le contrôler. Et c'est quelque chose qu'il devait faire parce qu'en lui offrant un contrat, Branch Rickey lui avait fait promettre de ne pas se venger contre les autres joueurs, contre le public, contre quiconque. »

C'est d'ailleurs l'un des moments forts du film. Robinson demande à Rickey s'il veut un joueur qui a le courage de se défendre contre les attaques racistes.

Rickey lui répond : « Non. Je veux un joueur qui aura le courage de ne pas se défendre. »

L'amour comme bouclier

Jackie Robinson n'était pas seul dans son inlassable combat pour l'égalité. Il a pu compter sur l'appui et sur la présence de son épouse, Rachel.

Saviez-vous que Jackie Robinson...
a été champion universitaire de saut en longueur des États-Unis en 1940;
a été meilleur marqueur de la Division sud de l'Association Pacific Coast en 1940-1941 au basketball;
a été sélectionné dans l'équipe d'étoiles de la NCAA en 1941 comme quart-arrière;
est membre du Temple de la renommée de l'Université de Californie à Los Angeles (UCLA);
est le frère de Matthew « Mack » Robinson, médaillé d'argent derrière Jesse Owens au Jeux de Berlin de 1936;
a été dans l'armée américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale (1942-1944);
a été entraîneur de basketball en 1944-1945, à Austin, au Texas;
a joué son propre rôle dans le film The Jackie Robinson story (1950).

Interviewée lors du tournage du film 42, Rachel Robinson rappelle que son « confort personnel et celui de son mari ont dû être mis de côté pour défendre cette cause qui allait servir tout un peuple ».

Rachel Robinson, qui a démarré la Fondation Jackie Robinson en 1973, soit un an après le décès de son époux, a aujourd'hui 90 ans.

Jackie Robinson a brisé la barrière raciale dans les ligues majeures le 15 avril 1947, à l'Ebbets Field.

Cinquante ans plus tard, soit le 15 avril 1997, le numéro 42 a été retiré dans toutes les équipes des majeures.

Et depuis 2004, le 15 avril est une journée consacrée à la mémoire de Jackie Robinson. Les joueurs, peu importe leur club, portent le numéro 42 sur leur chandail.

Jackie Robinson a été un pionnier. Pourtant, sa mémoire semble s'estomper avec le temps.

« Quand je travaillais pour les Expos, je me suis aperçu qu'il y avait de jeunes Noirs qui ne connaissaient pas Jackie Robinson, dit Claude Raymond. Je me demande si les joueurs de baseball, de football, de basketball savent vraiment par quoi Jackie Robinson est passé. Je crois que c'est la raison pour laquelle ils ont fait le film. »

Statistiques de saison avec les Royaux de Montréal
AnnéeLgNiveauAff.MJABPCS2B3BCCPPBBRABBVMOY
1946 IL AAA BRO 124 444 113 155 25 8 3 66 92 27 40 ,349
Source : baseball-reference.com

Statistiques de saison avec les Dodgers de Brooklyn
AnnéeLgNiveauMJABPCS2B3BCCPPBBRABBVMOY
1947 NL MLB 151 590 125 175 31 5 12 48 74 36 29 ,297
1948 NL MLB 147 574 108 170 38 8 12 85 57 37 22 ,296
1949 NL MLB 156 593 122 203 38 12 16 124 86 27 37 ,342
1950 NL MLB 144 518 99 170 39 4 14 81 80 24 12 ,328
1951 NL MLB 153 548 106 185 33 7 19 88 79 27 25 ,338
1952 NL MLB 149 510 104 157 17 3 19 75 106 40 24 ,308
1953 NL MLB 136 484 109 159 34 7 12 95 74 30 17 ,329
1954 NL MLB 124 386 62 120 22 4 15 59 63 20 7 ,311
1955 NL MLB 105 317 51 81 6 2 8 36 61 18 12 ,256
1956 NL MLB 117 357 61 98 15 2 10 43 60 32 12 ,275
Total     1382 4877 947 1518 273 54 137 734 740 291 197 ,311
Source : mlb.com

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