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Tunisie: tagueurs condamnés à une amende pour graffiti sur bâtiment public

10/04/2013 11:18 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT

Deux jeunes tagueurs tunisiens ont écopé mercredi d'une amende pour graffiti sur les murs d'un bâtiment public à Gabès (400 km au sud de Tunis), à l'issue d'un procès suscitant l'indignation parmi les défenseurs de la liberté d'expression.

Oussama Bouajila et Chahine Berriche, membres d'un collectif d'art urbain dit Zwewla (les pauvres) ont été condamnés par le tribunal de première instance de Gabès au versement d'une amende de 100 dinars (50 euros environ).

"Nous sommes soulagés, cela signifie que la justice n'a pas suivi l'avis des autorités politiques", a déclaré à l'AFP Chahine Berriche, peu après l'annonce du verdict, espérant que le ministère public ne fera pas appel.

Les deux jeunes étaient jugés depuis le 4 décembre pour "propagation de fausses informations portant atteinte à l’ordre public" et "atteinte à l'état d'urgence", des délits passibles de cinq ans de prison.

"Ce verdict est une victoire symbolique", a réagi un comité oeuvrant pour le soutien et l'aquittement des deux tagueurs. Sur sa page Facebook, le comité FreeZwewla se dit "fier de cette victoire symbolique" et envisage de collecter l'argent nécessaire au règlement des amendes.

Le tribunal a prononcé un non-lieu en ce qui concerne les accusations de trouble à l'ordre public et d'atteinte à l'état d'urgence, en référence au graffiti tagué de nuit à Gabès, alors que la ville était sous couvre-feu, à la suite de troubles sociaux.

"Le pauvre est un mort-vivant en Tunisie", "le peuple veut des droits pour les pauvres", avaient écrit notamment les deux tagueurs sur les murs d'un établissement scolaire public.

Une quarantaine d'avocats ont plaidé le non-lieu et des dizaines de sympathisants se sont rassemblés devant le tribunal mercredi pour dénoncer le procès "comme une atteinte à la liberté d'expression".

"C'est un procès politique qui nous rappelle les méthodes employées sous Ben Ali (président déchu) pour nous faire taire", avait par ailleurs indiqué le groupe Zwewla, qui s'est fait connaître par sa signature "Z" sur des graffiti évoquant le sort inchangé des pauvres après la révolution de 2011.

Des artistes dénoncent régulièrement des pressions policières et accusent le gouvernement, dominé par les islamistes d'Ennahda, de vouloir limiter les libertés en Tunisie.

str-Bsh/feb

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