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Liban: des proches d'otages, désespérés, font la "chasse aux Syriens"

10/04/2013 10:29 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT

Un grand X noir a été peint sur des dizaines de magasins gérés par des Syriens dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah allié de Damas. "Ils resteront fermés jusqu'à la libération des nôtres", assurent les familles de neuf Libanais enlevés il y a un an en Syrie.

Non loin du souk populaire de Hay al-Sellom où ces commerces sont verrouillés, dans la zone industrielle de Tiro, des parents d'otages ont improvisé des barrages mercredi matin, arrêtant tout véhicule soupçonné de transporter ou d'être conduit par un Syrien.

Un moyen selon eux d'attirer l'attention sur leur cause et de faire pression, en privant les Syriens installés au Liban de leurs gagne-pains.

"Fais descendre tes passagers et demi-tour", ordonnent-ils à un chauffeur syrien d'un mini-bus transportant trois écolières libanaises. Celles-ci descendent dans le calme, un rien interloquées.

La scène se déroule sous le regard impassible de quelques soldats dépêchés dans cette zone qui grouille habituellement d'ouvriers syriens.

"Nous n'avons rien contre les Syriens, mais nous voulons faire passer le message à travers vous", s'écrie Mona Termos, épouse de l'otage Ali Termos, à l'adresse du conducteur.

"Vous devez organiser des sit-in et appeler à la libération de nos proches. Sinon, vous n'aurez plus le droit de travailler dans ce pays!", lance-t-elle.

"Je soutiens votre cause, je vous le jure", affirme ce dernier, faisant un geste d'impuissance, avant de rebrousser chemin.

Le 22 mai 2012, un groupe de chiites libanais est kidnappé dans la province syrienne d'Alep (nord) alors qu'ils rentrent d'un pèlerinage en Iran. Leur rapt a été revendiqué par un groupe obscur, dirigé par un homme se faisant appeler Abou Ibrahim et disant être affilié à la rébellion combattant le régime syrien. Celle-ci a démenti toute implication.

Depuis, toutes les médiations ont échoué et les ravisseurs n'ont pas formulé de demandes claires.

Des allégations avaient lié les pèlerins au Hezbollah, favorable au régime syrien, ce que les familles ont démenti à plusieurs reprises. Le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah avait affirmé en 2012 que, "si cet enlèvement était destiné à faire pression sur notre position politique (concernant la Syrie), cela est inutile".

Mohammed, un ouvrier syrien travaillant à la compagnie Pepsi, est également "refoulé". "Ils nous empêchent d'aller travailler depuis 10 jours. Ils nous traitent sans violence... Mais que peut-on faire pour eux?", demande cet homme originaire de Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie.

Les proches, sans nouvelles des ravisseurs depuis quatre mois, affirment que le désespoir les mène à de tels comportementse. "Nous savons que ce que nous faisons n'est pas bien. Mais nous sommes tellement désespérés", lance Inaya Zogheib, fille d'un otage.

"Les Syriens vivent parmi nous depuis 30 ans", affirme Mona Termos, en référence aux milliers de Syriens, notamment des ouvriers, qui travaillent au Liban où le salaire est plus alléchant. "Mon mari gérait un supermarché, et maintenant mes deux filles ont quitté l'université pour faire vivre la famille. Pourquoi nous font-ils ça?", s'écrie-t-elle.

Depuis le début du conflit en Syrie, ancienne puissance de tutelle au Liban, ce petit pays en a subi les contrecoups, avec des incidents frontaliers, l'affaire des otages et, surtout, plus de 400.000 réfugiés, une présence qui alimente de plus en plus des sentiments xénophobes dans la société libanaise.

A Hayy el-Sellom, un groupe de jeunes Syriens désoeuvrés sont rassemblés devant les magasins fermés. "Je perds 250 dollars par jour", se lamente Hussein, 26 ans, qui loue trois magasins de jouets et de vêtements.

Il a surtout peur que la situation ne dégénère comme à l'été 2012. Des dizaines de Syriens ont été enlevés et leurs biens vandalisés, après l'annonce erronée de la mort des pèlerins par des médias libanais.

"Nous aussi, sommes devenus otages du conflit", résume-t-il.

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