NOUVELLES

La Chine embarrassée face à une Corée du Nord dépendante et provocante

10/04/2013 07:35 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT
AP
FILE - In this undated file photo released by the Korean Central News Agency (KCNA) and distributed in Tokyo by the Korea News Service on Wednesday, Feb. 1, 2012, North Korean leader Kim Jong Un, center, accompanied by military officers, inspects air drill at an undisclosed airbase in North Korea. For the outside world, North Korea's message is largely doom and gloom: bombastic threats of nuclear war, amateur-looking videos showing U.S. cities in flames, digitally altered photos of military drills. But a domestic audience gets a parallel and decidedly softer dose of propaganda - and one with potentially higher stakes for the country's young leader. (AP Photo/KCNA via KNS, File)

Face à une Corée du Nord menaçant la péninsule d'une guerre thermonucléaire, la frustration monte à Pékin selon les analystes: comment agir avec ce "petit frère" qui semble faire si peu de cas de la stabilité régionale, chère à la Chine ?

Sous la férule de son jeune dirigeant Kim Jong-Un, Pyongyang a intensifié la crise, quasi-quotidiennement depuis son essai nucléaire du 12 février, en réponse au nouveau train de sanctions votées par l'ONU. Le pays menace notamment Séoul et Washington de frappe atomique.

Pékin "pensait peut-être que le comportement de la Corée du Nord s'apparenterait à celui d'un petit frère, mais le nouveau dirigeant Kim Jong-Un n'a pas répondu à ces attentes", analyse Kim Heungkyu, professeur à la Sungshin Women's University à Séoul. "Cela mécontente drôlement les Chinois", ajoute-t-il.

La Chine dispose d'un levier important sur son allié communiste, isolé et ruiné: elle lui apporte une aide économique, alimentaire et énergétique, vitale, lui offrant ainsi une protection face aux sanctions les plus sévères.

Mais Pékin craint qu'en cas de critiques trop rudes, Pyongyang lui tourne le dos et mette en péril la stabilité de toute la région. Le "grand frère" regarde donc "le petit" se permettre d'ignorer royalement ses appels au calme.

Kim Jong-Un a accédé au pouvoir fin 2011, à la mort de son père Kim Jong-Il, dans cette dynastie communiste unique au monde. Mais le jeune homme ne s'est toujours pas rendu chez son puissant voisin "pour rendre ses hommages à la Chine", rappelle Kim Heungkyu.

"Il pousse de tous les côtés. Il a fait preuve de défiance face à la Chine, les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud", relève Jia Qingguo, expert en relations internationales à l'université de Pékin.

La Chine hésite à réagir fermement car elle redoute que des troubles en Corée du Nord provoquent une arrivée massive de réfugiés sur son territoire, voire au final une Corée unifiée capitaliste et pro-américaine.

"De plus en plus de gens en Chine commencent à douter de l'affirmation traditionnelle selon laquelle la Corée du Nord est une zone tampon stratégique pour la Chine", ajoute Jia. "Mais pas la peine de s'emballer. La Chine veut conserver des bonnes relations avec le Nord".

Pékin est l'allié de Pyongyang depuis la guerre de Corée (1950-1953). La Chine représente 90% de ses importations pour l'énergie, 80% pour les biens de consommation et 45% pour l'alimentation, selon le centre d'étude américain Conseil des relations étrangères.

La Chine a certes voté le renforcement des sanctions de l'Onu au terme d'âpres négociations avec Washington, mais les experts ne croient pas à la volonté des Chinois de les honorer. Depuis le vote le 7 mars, l'aide et le commerce ne semblent pas avoir diminué.

"Les Nord-Coréens savent qu'ils se sont placés dans une position où personne ne peut les atteindre, à moins d'utiliser la force ou d'assister à leur effondrement économique", souligne Lawrence Freedman, un historien britannique.

Les défenseurs de la politique chinoise assurent que Pyongyang prévoit de toute façon de développer son arsenal nucléaire, qu'il compte utiliser comme dissuasion. Des mesures punitives de la part de la Chine risqueraient de provoquer une réaction dangereuse.

Pour eux, le véritable facteur d'influence est Washington, auquel Pyongyang réclame une garantie de sa sécurité.

Les récentes déclarations de hauts responsables chinois semblent montrer que Pékin souhaite prendre un peu de distance envers son voisin, note Roderic Wye, de Chatham House en Grande-Bretagne.

"Personne ne devrait être autorisé à précipiter dans le chaos une région, et à plus forte raison le monde entier, par égoïsme", avait déclaré dimanche le président chinois Xi Jinping, sans toutefois désigner nommément la Corée du Nord, ou les Etats-Unis.

"C'est le signe que les Chinois sont beaucoup plus inquiets. Ce n'est pas une rupture avec la Corée du Nord, mais c'est lui dire qu'elle doit réfléchir aux conséquences de ses actes", selon Roderic Wye.

Reste à savoir comment Pékin "va manifester son mécontentement autrement qu'en parole", ajoute-t-il.

INOLTRE SU HUFFPOST

Les grands moments de tension nucléaire entre Corée du Nord et reste du monde