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Des prix du gouverneur général pour Viola Léger et Daniel Lanois

10/04/2013 11:52 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Viola Léger, l'actrice derrière le personnage mythique acadien de la Sagouine, Daniel Lanois, producteur, auteur-compositeur et musicien canadien influent, et Jean-Pierre Lefebvre, réalisateur indépendant québécois d'un cinéma humaniste et identitaire, figurent parmi les lauréats de prix du gouverneur général.

Les récipiendaires de ces prix pour les arts du spectacle ont été dévoilés mercredi, à Montréal.

La comédienne et enseignante Viola Léger a dit avec humilité en entrevue se considérer chanceuse que son travail soit ainsi reconnu, et de se voir encore offrir de beaux rôles à l'aube de ses 83 ans.

Concernant la Sagouine, son rôle phare parmi bien d'autres qui ont jalonné sa carrière depuis 1971, elle a soutenu le jouer encore chaque fois comme si c'était la première fois.

«Que ce soit la 2000e ou la 3000e fois, c'est la même ferveur, a-t-elle soutenu. C'est seulement des chiffres. Le jour où je la joue, que je mets le personnage sous ma peau, ce moment-là est la première fois. (...) Tant que le public sera là, et qu'on voudra de moi, je serai là. Je suis un interprète, au service de cet art.»

Viola Léger aura joué du Michel Tremblay en Ontario — «Albertine en cinq temps», «Bonbons assortis» —, et aussi Tennesse Williams et Frederico Garcia Lorca. Son interprétation dans «Grace et Gloria» de Tom Ziegler lui avait valu en 2001 le Masque de la meilleure actrice au Québec.

Daniel Lanois a dit voir dans ce prix un «compliment», une surprise et une occasion de faire une belle sortie avec sa mère lors de la cérémonie officielle. Daniel Lanois, qui est né au Québec et a grandi en Ontario, compte des studios à Los Angeles et en Jamaïque — où il vit actuellement.

Celui qui a oeuvré auprès de grands noms de l'industrie, tels que Bob Dylan et Neil Young, s'attarde ces temps-ci sur des projets personnels, un nouvel album et une installation qui pourrait être présentée à New York.

«Comme d'habitude, je marche sur la mince ligne entre d'un côté mes chansons folk et de l'autre, mon laboratoire sonore», a évoqué Daniel Lanois.

En trio, Daniel Lanois promène sa musique, ayant notamment tourné dans des pays scandinaves à la fin de l'année dernière, disant y avoir été très bien reçu.

«D'une certaine manière, je vois là-bas un enthousiasme et une ouverture qui caractérisaient la révolution musicale dans les années 1960 et 1970 en Amérique du Nord. Plusieurs bons artistes émergent de cette scène. Il y a une ascension», a dit croire le musicien.

Outre ses projets personnels, il travaille à la production d'un album de facture blues d'un artiste de Los Angeles, Rocco De Luca.

Également surpris d'être lauréat de ce prix du gouverneur général, le réalisateur québécois Jean-Pierre Lefebvre a parlé d'un «bon réconfort» de recevoir un tel honneur après presque 50 ans de cinéma. Il a dit y voir surtout la reconnaissance du contenu de ces films sur un Québec en mal d'identité.

Il a rappelé en entrevue le contexte particulier dans lequel il a fait ses débuts dans les années 1960, et qui a teinté toute sa démarche cinématographique.

«Ma génération et celle des (Pierre) Perrault, (Gilles) Groulx et cie qui avait précédé ont été très influencées par le néoréalisme italien, que les bons prêtres catholiques avaient amené dans les ciné-clubs des collèges pour faire contrepoids au supposé matérialisme du cinéma américain», a-t-il d'abord évoqué.

«Je me suis retrouvé à 13 ans, complètement soufflé, devant 'Umberto D.' et 'Le Voleur de bicyclette' de Vittorio De Sica. Je n'avais jamais vu de films ainsi, tout simples et qui parlaient de réalités sociales avec souvent des non acteurs.»

La poussée de réalisateurs francophones à l'Office national du film (ONF) l'amènera aussi à vouloir témoigner de sa société québécoise.

«Nos professeurs étaient formés en France. On se moquait de la poésie de Félix Leclerc. On était protégé contre notre culture. À travers des films de l'ONF, j'ai perçu que ma société était vivante et intéressante, et qu'il valait peut-être la peine de m'y intégrer et de la faire découvrir.»

Jean-Pierre Lefebvre a scénarisé et dirigé près de 30 productions, dont «Il ne faut pas mourir pour ça», «Le vieux pays où Rimbaud est mort» et «Les fleurs sauvages», prix de la critique internationale à Cannes en 1982.

Il a dit déplorer que l'on finance un cinéma «de plus en plus en standard», ajoutant qu'il y a «encore des cinéastes et des cinémas à travers le Canada et le Québec qui veulent toujours être les témoins de leur milieu et de leur culture».

L'acteur canadien Eric Peterson, le violoniste Andrew Dawes et la danseuse Menaka Thakkar sont aussi au nombre des lauréats de ces prix du gouverneur général pour les arts du spectacle.

Divers lauréats seront honorés à Ottawa entre le 30 mai et le 1er juin.

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