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Dans le nord syrien, les villages kurdes submergés par les déplacés

10/04/2013 05:42 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT

"Je n'aurais jamais cru que cela nous arriverait": comme Nesrine, chaque jour des milliers de déplacés arrivent à Afrine, à 60 km au nord d'Alep, fuyant les combats qui ont récemment gagné les quartiers kurdes de la capitale économique syrienne.

"Nous vivions bien puis brusquement nous avons dû fuir avec les seuls habits que nous portions", poursuit cette femme de 25 ans, qui se retrouve désormais dans une salle de classe avec son mari, son fils et ses beaux-parents et subsiste grâce à l'aide alimentaire fournie par le Conseil suprême kurde, qui chapeaute tous les partis kurdes.

Ces Kurdes syriens ont pris naturellement le chemin d'Afrine car "c'est le seul endroit sûr et c'est chez nous", affirme un chef de famille rencontré dans une des 17 écoles d'Afrine transformées en camp improvisé. Les autres hommes approuvent.

Ils viennent tous de Cheikh Maqsoud, un quartier du nord d'Alep, qui jouissait jusqu'à la semaine dernière du même calme que les villages kurdes, seule région du nord syrien où aucun tir ni explosion ne résonne, où aucun immeuble n'a été éventré par un bombardement aérien.

Depuis le début de la révolte il y a deux ans, les Kurdes (15% de la population) ont tenté de garder leurs régions à l'abri des violences, interdisant aux rebelles comme aux soldats d'y pénétrer.

A l'été 2012, l'armée régulière s'en est retirée sans combat et les Comités de protection du peuple kurde (YPG), bras armé du Parti de l'union démocratique (PYD), y assurent la sécurité. Le PYD est considéré comme la branche syrienne du PKK turc.

"Nous sommes pour la révolution contre le régime baasiste qui a spolié nos droits, mais nous avons adopté une tactique défensive, jamais offensive, nous ne faisons que riposter. Ce fut le cas à Cheikh Maqsoud", explique un cadre du parti à Afrine.

A Alep, les Kurdes représentent 20% de la population. Dans ce quartier, rebelles et kurdes combattent ensemble les forces du régime de Bachar al-Assad qui ripostent en mobilisant notamment l'aviation. Samedi 15 personnes, dont neuf enfants, ont été tuées dans un raid aérien.

Les blessés sont transférés vers un hôpital de campagne d'Afrine. Sur les lits, des enfants, des femmes, des civils et quelques combattants du YPG, comme cet homme de 28 ans blessé à la jambe par des éclats d'obus.

"J'ai été transporté à l'hôpital il y a une semaine, je ne sais même pas si mes enfants sont encore à Alep, s'ils sont encore vivants", dit-il.

"Au premier jour des combats, 100.000 déplacés sont arrivés. Dix jours après, ils étaient 250.000", affirme Seenan Mohammad, co-présidente du Conseil populaire du Kurdistan occidental (CPKO), émanation du PYD.

"Comme d'autres déplacés étaient arrivés avant, des régions de Homs (centre) ou même de Deraa (sud), la population d'Afrine et des villages alentour a plus que doublé passant de 600.000 à 1,5 million d'habitants", ajoute cette femme également membre du Conseil suprême kurde, qui chapeaute une dizaine de partis kurdes de Syrie.

"Avant, Afrine était une petite ville calme, maintenant on se croirait à Paris, avec tous ces embouteillages", glisse un homme.

"Aucune organisation internationale n'a envoyé d'aides pour les déplacés kurdes, pour le moment tous les habitants participent aux frais et nous donnent de quoi nourrir les déplacés, mais qu'en sera-t-il dans un mois?", lance une volontaire du Comité humanitaire du Conseil suprême.

Car pour certains déplacés, l'installation à Afrine pourrait durer. "Hier, les voisins nous ont appelé pour nous apprendre que notre maison à Cheikh Maqsoud avait brûlé", raconte ainsi une femme, qui partage avec ses proches une demi-douzaine de matelas et de couvertures à même le sol.

mr/sk/sw

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