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Chypre veut croire en une manne gazière rapide, malgré les incertitudes

10/04/2013 04:25 EDT | Actualisé 09/06/2013 05:12 EDT

Chypre, en pleine tourmente économique, compte sur une exploitation rapide de son gaz, considéré comme sa planche de salut, malgré d'importantes contraintes techniques et géopolitiques.

"Tout avance très bien. La situation économique à Chypre est assez épouvantable, mais cela n'affecte pas le développement de notre champ gazier", affirme à l'AFP Charles Ellinas, PDG de la Compagnie nationale d'hydrocarbures.

Selon lui, le potentiel dans les eaux de la petite île méditerrannéenne est de "30.000 milliards de pieds cubes de gaz".

Pour exploiter et transporter le gaz, susceptible de générer des centaines de milliards d'euros de recettes, Nicosie a choisi de construire une usine de liquéfaction dans le sud de l'île, à Vassilikos.

"Nous pensons pouvoir prendre la décision finale d'investissement en 2015. Cela signifie que nous commencerons la construction (de l'usine) début 2016. Nous serons en mesure de commencer à délivrer du gaz à Chypre fin 2018-début 2019 (...) et nous pensons débuter les exportations fin 2019-début 2020", explique M. Ellinas, en marge d'une conférence sur le gaz dans l'est de la Méditerranée organisée à Nicosie.

Interrogés par l'AFP, des experts jugent néanmoins ce calendrier très optimiste.

"Cela va prendre beaucoup plus longtemps que toutes les prévisions officielles. En aucun cas, il n'est possible de construire une usine de liquéfaction de gaz en deux ou trois ans", estime l'analyste Fiona Mullen.

"Ce que le gouvernement est en train de faire, c'est essayer de maintenir l'espoir au sein de la population", ajoute-t-elle alors que le pays, contraint d'accepter des conditions draconiennes en échange d'une aide financière européenne, s'enfonce dans le marasme et le chômage.

"A partir de la décision finale d'investissement, qui sera prise d'ici deux ans si on est optimiste, il faudra 10 ans à Chypre pour construire son usine", dit-elle.

Pour Pierre Godec, un Français, expert en hydrocarbures à Chypre, "le gaz est un espoir, plus qu'une planche de salut pour l'instant".

Le délai de 7 ans évoqué "me paraît très optimiste: les schémas globaux ne sont pas encore définis, et le gaz chypriote ne se développera pas sans tenir compte de ce qui se passe en Israël et éventuellement plus tard au Liban (...) Il y a encore beaucoup d'incertitudes", souligne-t-il.

Un facteur complique en effet la donne: alors que Nicosie pensait qu'Israël, qui a aussi découvert d'immenses gisements, enverrait son gaz dans son usine, permettant ainsi de réaliser des économies d'échelle, la chose semble désormais loin d'être acquise.

Israël a d'autres options sur la table, comme construire sa propre usine de liquéfaction, ou un éventuel gazoduc vers la Turquie.

Pressé par les Etats-Unis, Israël a en effet effectué ces dernières semaines un rapprochement inattendu avec Ankara, en présentant ses excuses pour la mort de neuf Turcs lors de l'arraisonement en 2010 d'une flottille brisant le blocus de l'enclave palestinienne de Gaza.

Deux ministres chypriotes effectuent actuellement une visite en Israël, avant celle prévue en mai du président Nicos Anastasiades.

"Si Chypre construit cette usine seule, sans Israël, elle devra attendre que de nouvelles réserves soient confirmées" car "pour construire une usine de liquéfaction économiquement viable, il faut plus de volume" que les réserves évaluées dans le bloc 12, le seul où des explorations ont été menées, explique l'analyste. Un avis partagé par M. Godec.

De son côté, M. Ellinas estime que "le projet est viable, même avec seulement un seul champ gazier". Il se dit néanmoins "confiant" qu'une coopération soit mise en place avec Israël, voyant mal ce pays "devenir dépendant de la Turquie pour les 25 à 30 prochaines années".

Alors que l'île est divisée depuis 1974 après l'invasion du Nord par la Turquie, Nicosie exclut de son côté toute idée de gazoduc avec ce pays.

cco/sw

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