BIEN-ÊTRE

Au Salon du meuble de Milan, Jean Nouvel en guerre contre les bureaux "clonés" et impersonnels

10/04/2013 04:28 EDT | Actualisé 10/06/2013 05:12 EDT

L'architecte français Jean Nouvel poursuit sa guerre contre les espaces de travail "clonés et aliénants", omniprésents dans le monde moderne, en présentant à Milan des bureaux porteurs de "joie de vivre", personnalisables à loisir et applicables selon lui au plus grand nombre.

Son projet, baptisé "Bureau à vivre", est le clou du Salon du meuble de Milan, immense rendez-vous annuel des amoureux du design, qui se déroule jusqu'à dimanche dans la capitale économique de l'Italie.

"Je me suis toujours insurgé contre ce phénomène d'architecture internationale et surtout le clonage. Objectivement, c'est une chose qui s'est accélérée avec l'informatique parce qu'on change quelques paramètres, mais ce sont les mêmes études qui sont utilisées", explique-t-il à l'AFP, assis au coeur d'un espace conçu par ses soins pour le service marketing du célèbre constructeur de motos Ducati.

"C'est terrible parce qu'on a l'impression de travailler dans des mondes où on n'est plus qu'un numéro, tout le monde est dans un espace qui est le même, tout le monde a le même mobilier, c'est un clonage comme dans (le film) Playtime de Jacques Tati. Je trouve ça inhumain", ajoute-t-il, le regard perçant.

Même chose à l'échelle des villes, victimes de "zoning", avec des quartiers dédiés soit à l'habitation, soit aux bureaux. Un découpage qui inflige des temps de transport exagérés aux salariés. "Dans 30 ou 40 ans, on sera stupéfait de constater quelles conditions invivables sont proposées dans la plus grande partie des bureaux d'aujourd'hui", juge l'architecte qui a conçu notamment l'Institut du monde arabe ou du Musée du quai Branly à Paris.

Le lieu où il s'exprime, un vaste loft aux murs de tôle ondulée, illustre la mutation d'un hangar ou d'un entrepôt industriel. Deux longues tables de travail blanches y côtoient des poufs carrés. Dans un coin trône un rutilant bolide de marque.

C'est l'une des cinq mises en scène exhibées au Salon pour appuyer sa thèse; les autres abordent la notion de travail à domicile, la reconversion en bureau d'un appartement haussmannien ou encore l'agencement personnalisé d'un "open space" à l'aide de petits rangements, qui se pique de "briser la nature totalitaire et répétitive des systèmes de bureaux".

"Nous ne sommes pas des petits poulets qu'on élève. Le sujet c'est comment s'épanouir, comment on considère que le temps qu'on passe au travail peut être aussi du plaisir", affirme-t-il.

"On peut travailler aujourd'hui partout et il faut travailler partout. Et on peut habiter partout. On habite autant en travaillant qu'en allant dormir chez soi. Et on passe beaucoup plus de temps au travail que chez-soi", relève l'architecte, né en 1945 et lauréat en 2008 du prestigieux prix Pritzker.

Quatre autres designers célèbres, Ron Arad, Michele de Lucchi, Marc Newson et Philippe Starck ont prêté leur concours au projet de Jean Nouvel en dévoilant par lien vidéo leur studio de travail et leur vision de ces lieux. Le site propose également des interviews vidéo grand format de quatre "sages", la créatrice de mode Agnès B, le photographe Elliott Erwitt, l'artiste Michelangelo Pistoletto et le réalisateur Alain Fleischer.

Les scénarios exposés au Salon se veulent réalistes, clairs, faciles à transposer et pas forcément onéreux. Au premier jour du Salon, réservé aux professionnels jusqu'à samedi, ils ont déjà accroché l'oeil de milliers de personnes.

Pour M. Nouvel, il s'agit avant tout d'"ouvrir les yeux" des utilisateurs. "C'est dans la tête que ça se passe. Mais le désir compte aussi: et je pense que le désir est là, on le voit à travers l'expo. Les gens nous disent +vous croyez que c'est possible ?+ Oui, c'est possible".

Salon du meuble de Milan, du 9 au 14 avril 2013. www.cosmit.it

ahe/mle/phv