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Al-Qaïda se jette à corps perdu dans le conflit syrien pour rester pertinent

10/04/2013 04:26 EDT | Actualisé 09/06/2013 05:12 EDT

Al-Qaïda en Irak a reconnu parrainer le Front al-Nosra, très actif dans la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad, par souci de préserver sa pertinence, mais son annonce pourrait entamer la popularité dont jouit al-Nosra sur le terrain, estiment des analystes.

L'aveu mardi d'Abou Bakr al-Baghdadi, patron de l'Etat islamique d'Irak (ISI), l'autre nom d'Al-Qaïda en Irak, n'a pas surpris. Les deux entités sont désormais regroupées sous l'appellation Etat islamique en Irak et au Levant, officialisant un état de fait que Washington soupçonnait déjà depuis plusieurs mois.

Al-Nosra, dont la création avait été annoncée en janvier 2012, avait d'ailleurs rejoint son alter ego irakien sur la liste américaine des organisations terroristes étrangères en décembre dernier.

Mais le Front al-Nosra, à la pointe de la lutte armée contre le régime de Bachar al-Assad, pourrait souffrir de sa fusion avec l'ISI.

L'annonce d'al-Baghdadi "a de quoi affecter le Front al-Nosra (en Syrie), et, par extension, desservir l'insurrection d'une façon ou d'une autre", estime Aaron Zelin de l'Institut politique du Proche-Orient, un centre de réflexion basé à Washington.

"Le Front al-Nosra jouit d'une très bonne réputation (en Syrie). A l'inverse Al-Qaïda est totalement discrédité à travers le monde musulman", souligne-t-il, pointant dans la foulée ce que le réseau extrémiste "a fait en Irak il y a cinq ans", au plus fort du conflit religieux qui enflammait le pays.

Tant al-Nosra que l'ISI se sont fait connaître par leur recours aux attentats suicide et aux voitures piégées. Mais, soulignent les analystes, al-Nosra a su apprendre des erreurs de l'ISI en Irak, en assurant par exemple ne s'attaquer qu'aux soldats et responsables du régime de Bachar al-Assad.

Des civils périssent régulièrement dans ces attaques. Mais, à l'inverse, Al-Qaïda en Irak n'hésite pas à délibérément viser la population et s'est rapidement aliéné la population irakienne.

La déclaration d'al-Baghdadi "met en évidence le fait que le Front al-Nosra est une entité étrangère et qu'elle fait partie d'Al-Qaïda", juge Cole Bunzel, doctorant à l'université de Princeton aux Etats-Unis. "Le Front al-Nosra (...) ne peut plus dissimuler ce lien".

De l'autre côté de la frontière, en Irak, Al-Qaïda "s'est mis tout seul dans le pétrin", note Donald Holbrook du Centre d'études du terrorisme et de la violence politique à l'université Saint Andrews en Ecosse.

Du coup, l'ISI "essaye de sauvegarder sa pertinence. Il tente de montrer qu'il maîtrise la situation et se jette à corps perdu dans un jihad (en Syrie) qui est perçu comme légitime et qui bénéficie d'un semblant de soutien populaire", dit-il.

Mais l'avènement de l'Etat islamique en Irak et au Levant n'a pas fait que des heureux au sein de la rébellion anti-Assad. A l'image d'Abou Bassir al-Tartousi, conseiller du Front islamique syrien, un groupe qui, s'il n'est pas aussi radical qu'al-Nosra, est tout de même partisan d'une ligne dure.

"Le grand perdant de l'annonce (d'al-Baghdadi) est le peuple syrien, oppressé et déshonoré, ainsi que leur révolution bénie et orpheline", a écrit Tartousi sur Facebook.

Cette fusion pourrait cependant donner plus de poids à la position du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qui s'inquiète depuis plusieurs mois de ce que les insurgés et leurs armes passent du côté irakien de la frontière.

Depuis le début de la révolte syrienne en mars 2011, l'Irak s'est bien gardé de prendre position publiquement pour l'une ou l'autre partie.

Pour le politologue irakien Ihsan al-Chammari, l'annonce de la fusion du Front al-Nosra et de l'ISI ne va pas changer grand chose à la position irakienne, mais elle pourrait aider M. Maliki à "confirmer son raisonnement sur les inquiétudes (sur Al-Qaïda) qu'il a évoquées".

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