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Vives critiques du patriarche copte d'Egypte contre le président Morsi

09/04/2013 10:07 EDT | Actualisé 09/06/2013 05:12 EDT

Le patriarche copte d'Egypte, Tawadros II, a vivement accusé mardi le président islamiste Mohamed Morsi de "négligence" face aux affrontements dimanche devant la cathédrale Saint-Marc du Caire, la plus grave crise inter-confessionnelle depuis son arrivée au pouvoir en juin.

Le chef de la plus grande église chrétienne du Moyen-Orient estime aussi que ces tensions entre communautés religieuses, qui éclatent régulièrement dans le pays, ont désormais atteint un "niveau de chaos".

Les affrontements survenus dimanche se sont produits à l'issue des funérailles de quatre Coptes tués deux jours plus tôt.

Selon des témoignages, des slogans hostiles au pouvoir islamiste avaient fusé parmi les fidèles, qui avaient ensuite été attaqués par des groupes de civils à la sortie de la cathédrale. La police avait ensuite tiré des gaz lacrymogènes sur la cathédrale, siège du patriarcat copte orthodoxe et lieu hautement symbolique pour cette communauté qui représente 6 à 10% de la population.

Deux personnes, un chrétien et une personne non-identifiée, ont trouvé la mort dans ces heurts.

M. Morsi avait dès dimanche appelé le patriarche pour condamner ces violences, annoncer l'ouverture d'une enquête et assurer qu'il considérait "toute attaque contre l'Eglise comme une attaque personnelle".

La présidence égyptienne a assuré à nouveau mardi dans un communiqué qu'elle avait suivi "avec inquiétude ces événements regrettables et avait ordonné à toutes les autorités concernées de déployer tous les efforts possibles pour maîtriser la situation et protéger les biens et les personnes".

Mais ces propos n'ont pas convaincu le chef de l'église copte, interrogé au téléphone sur la chaîne privée égyptienne ONTV.

M. Morsi "a promis de faire tout ce qui est possible pour protéger la cathédrale mais ce n'est pas ce que nous voyons", a déclaré Tawadros II. Sa gestion des événements "relève de la négligence et d'une mauvaise évaluation" de la situation, a-t-il poursuivi.

"Il s'agit d'une attaque flagrante contre un symbole national, l'Eglise d'Egypte", d'une gravité "sans précédent en 2000 ans d'histoire" de la chrétienté dans le pays, a-t-il encore ajouté.

"L'Etat doit prendre clairement position" car les tensions "dépassent les limites de la liberté d'expression, et ont atteint un niveau de chaos", a-t-il affirmé.

Pour tenter enfin de calmer les choses, la présidence égyptienne a annoncé mardi soir que le chef de l'Etat avait chargé une délégation de rendre visite à l'Eglise copte "pour (lui) transmettre un message clair, à savoir que l'Eglise est un symbole copte égyptien, auquel personne ne peut porter atteinte, que la loi sera appliquée et que les auteurs des actes de violences devront rendre des comptes".

"La délégation a rencontré des responsables de l'église mais pas le Pape Touwadros, qui se trouve en dehors du Caire", selon le communiqué.

Les quatre Coptes dont les funérailles étaient célébrées dimanche avaient été tués vendredi dans une bourgade déshéritée au nord du Caire, Al-Khoussous, lors de heurts avec des musulmans. Un musulman était également décédé lors de ces heurts.

Les affrontements sont fréquents entre chrétiens et musulmans en Egypte. Depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en février 2011, les heurts entre communautés religieuses ont tué une cinquantaine de chrétiens et plusieurs musulmans.

L'élection en juin 2012 d'un président issu des Frères musulmans a aggravé le sentiment d'insécurité et de marginalisation des Coptes, même si M. Morsi a promis d'être le "président de tous les Egyptiens".

L'Eglise copte a déjà pris des positions très critiques contre le pouvoir de M. Morsi ces derniers mois, à l'occasion de l'adoption d'une nouvelle Constitution accusée de faire la part belle aux vues des islamistes.

Les représentants de l'église s'étaient retirés, en signe de protestation, de la commission chargée de rédiger la loi fondamentale, à l'instar des délégués de l'opposition laïque, eux aussi opposés au texte.

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