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Entre Washington et Pyongyang, un scénario connu qui génère la frustration

09/04/2013 10:06 EDT | Actualisé 09/06/2013 05:12 EDT

Les tensions entre Washington et Pyongyang ne cessent de croître jusqu'à des menaces de guerre nucléaire, mais le scénario, connu, frustre les responsables politiques américains dont les différentes stratégies de main tendue ou de sanctions ont échoué depuis des décennies.

Pour les spécialistes de la Corée du Nord, cette nouvelle crise n'est pas surprenante, Pyongyang ayant déjà multiplié les menaces par le passé ou pris des décisions similaires de lancer un missile ou procéder à un essai nucléaire.

Des observateurs font aujourd'hui le parallèle avec la crise de 1994, quand la régime nord-coréen avait pris un ton belliqueux face aux pressions internationales contre son programme nucléaire, à un moment de transition politique avec la Corée du Sud.

La crise de 1994 prit fin quand l'ancien président américain Jimmy Carter s'envola pour Pyongyang, où il jeta les bases d'un projet commun dans l'énergie, qui a inspiré plusieurs autres initiatives depuis.

"Je n'arrive pas à trouver choquante la rhétorique nord-coréenne actuelle. C'est parfaitement prévisible", estime Joel Wit, ancien responsable au département d'Etat, qui avait été notamment chargé de mettre en oeuvre l'accord de 1994.

"La différence cette fois c'est qu'ils ont des armes nucléaires", souligne M. Wit, qui enseigne actuellement à l'université Columbia de New York.

La Corée du Nord menace les Etats-Unis de frappes nucléaires, mais les experts doutent que Pyongyang en soit capable. Les Etats-Unis de leur côté ont fait voler des avions bombardiers B-52 et B-2, fer de lance de leur dissuasion nucléaire, au-dessus de la Corée du Sud.

Parmi les autres éléments nouveaux de la tension actuelle figurent la personnalité du jeune dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, et le mécontentement croissant de la Chine face à l'insolence de son allié.

Bruce Cumings, président du département d'histoire à l'université de Chicago et auteur de plusieurs ouvrages sur la Corée du Nord, ajoute que "l'information 24 heures sur 24 a aussi changé la dynamique des menaces".

"On a les yeux rivés en permanence sur internet. C'était très différent quand j'avais l'habitude de lire les informations de l'agence de presse officielle au début des années 1990, qui arrivaient une semaine plus tard via Tokyo, sans savoir si quelqu'un y ferait attention", se rappelle-t-il.

Mais pour M. Cumings, la tactique de la Corée du Nord est semblable à celle pratiquée avant la guerre de Corée (1950-1953), quand les dirigeants communistes menaçaient d'anéantir l'armée du Sud.

"C'est toujours comme ça avec la Corée du Nord. Quand elle a le dos au mur, elle s'en prend à quelqu'un et ça crée des problèmes. Elle dit +si vous voulez nous punir, voilà ce que vous allez obtenir+", explique M. Cumings.

Pour cet historien, les tensions "sont inévitables tant que les Etats-Unis et la Corée du Sud ne seront pas désireux de coopérer avec la Corée du Nord".

M. Cumings note aussi que "les Nord-Coréens se comportent de la pire des façons (...) mais continuent à dire qu'ils veulent parler spécifiquement aux Etats-Unis".

L'administration du président américain Barack Obama a toutefois exclu de considérer ce que la Corée du Nord considère comme son objectif ultime: être reconnue symboliquement puissance nucléaire.

L'administration Obama, après de longues hésitations, a conclu l'an dernier un accord de désarmement avec la Corée du Nord, mais il a volé en éclats quelques semaines plus tard quand Pyongyang a testé une fusée.

La précédente administration de George W. Bush avait elle aussi beaucoup hésité.

M. Bush a inclu la Corée du Nord parmi les pays de "l'axe du mal", et sous sa présidence Pyongyang a procédé à son premier essai nucléaire. Puis Bush, comme Bill Clinton avant lui, a tenté en fin de mandat de sceller avec la Corée du Nord un accord historique.

Face à ces échecs, des élus conservateurs ont suggéré, à l'instar de l'actuel président de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants, Ed Royce, de changer radicalement de politique: arrêter de discuter avec Pyongyang et tenter de renverser le régime.

sct-are/jca

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