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Un festival de la mode à Tunis pour la relance du textile en crise

08/04/2013 04:04 EDT | Actualisé 07/06/2013 05:12 EDT

Froufrous, lingeries et broderies mais aussi conférences et réflexion : les acteurs de l'habillement tunisien ont organisé leur premier Festival de la mode pour présenter leur savoir-faire mais aussi échanger sur les moyens de relancer un secteur frappé par la crise.

"L'objectif est notamment de valoriser l'image de cette filière et d'offrir un lieu d'échanges et de convivialité pour initier des partenariats industriels et favoriser l'émergence de nouveaux talents créatifs", résume Samir Ben Abdallah, organisateur de ce festival qui a eu lieu les 3 et 4 avril en banlieue de Tunis.

Deux soirées durant, les mannequins ont défilé habillés des créations de jeunes stylistes Tunisiens face à un public constitué d'experts internationaux du secteur, d'artistes et d'amateurs de la mode.

Mais dans les salles de conférence, ce sont les sujets économiques qui dominent, le secteur textile-habillement tunisien étant frappé par la crise mondiale qui a touché ses principaux clients, comme la France, à laquelle s'ajoute le climat d'instabilité sécuritaire né de la révolution de janvier 2011 et qui nourrit la frilosité des investisseurs.

"Une dizaine d'investisseurs étrangers sont prêts à lancer leurs projets mais ils attendent de voir la stabilité rétablie dans le pays", indique Samir Haouet, directeur général du centre technique du textile (CETTEX) précisant que 70 entreprises ont fermé leurs portes depuis la révolution.

Des questions structurelles s'ajoutent à ces défis, relèvent d'autres, la Tunisie ne s'étant pas adaptée aux transformations du secteur, telles l'émergence d'autres pays au coût du travail modéré et l'évolution de la demande en Europe.

"L'industrie tunisienne présente aujourd'hui une grande fragilité. Son principal handicap est sa dépendance vis-à-vis de l'exportation et de ses principaux donneurs d'ordre qui connaissent de profonds bouleversements", estime François-Marie Grau, délégué général adjoint de l'Union française des industries et de l'habillement.

Sur plus de 2.000 entreprises tunisiennes textile-habillement, 1.700 sont totalement exportatrices, travaillant essentiellement dans la sous-traitance pour la grande distribution. Or le modèle est grippé, comme en témoignent les exportations en baisse de 7,9% en 2012 par rapport à l'année précédente selon les statistiques officielles.

Selon M. Grau, les entreprises tunisiennes "doivent rechercher le relais de croissance où ils se situent, à savoir les marchés hors Europe où la croissance ne se dément pas".

Selon Daniel Harari, directeur général de la société mondiale Lectra, la Tunisie doit développer ses gammes de produits et sortir du domaine du bon marché.

"La Tunisie ne doit plus se battre seulement sur les coûts de production mais doit travailler à une montée de gamme de service et valoriser ses compétences", martèle ce professionnel.

Pour lui, "la créativité et l'initiative sont des atouts indispensables pour proposer une alternative plus porteuse que la simple sous-traitance".

Seyf Dean Laaouiti, un Tuniso-taïwanais de 25 ans et vainqueur du concours jeune créateur du festival, ne demande pas mieux, lui qui a ébloui le jury avec ses 14 modèles sous le thème "Choc culturel" et qui rêve de renommée pour sa griffe Narcisso Domingo Machiaveli.

"Ce festival est une chance pour les jeunes talents pour sortir de l'ombre et s'exprimer et montrer leur vision des choses", dit ce jeune homme vêtu d'une tenue inspirée d'une bouteille de Coca Cola: pantalon rouge, veste en cuir, chaussures cloutées et coiffure façon James Dean.

"En Tunisie il y a la beauté, la mode, la création, le joie de vivre et l'espoir et pas seulement les problèmes socio-politiques ou économiques", renchérit Naziha Nemri, directrice artistique et technique du festival.

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