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Thatcher, la dame à l'origine du libéralisme moderne

08/04/2013 05:53 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT

Un texte de Lili Boisvert

Quand Margaret Thatcher arrive au pouvoir à la fin des années 1970, l'économie anglaise est en très mauvaise posture. La livre sterling est en chute libre, l'inflation est en hausse, le déficit commercial se creuse et l'impôt britannique élevé a inspiré la chanson Taxman (le percepteur d'impôt) aux Beatles.

En 1976, pour se maintenir à flot, l'ancien gouvernement travailliste a même dû solliciter l'aide du FMI pour obtenir un prêt de 4 milliards de dollars.

Élue première ministre en 1979, Mme Thatcher est déterminée à remettre l'économie anglaise sur les rails et pour elle, cela passe par l'austérité et le libéralisme radical.

Première étape : elle s'emploie à assainir les finances de l'État.

La première ministre abaisse les impôts, mais elle double la taxe de vente et réduit considérablement les dépenses publiques. Elle rejette la doctrine interventionniste du Keynésianisme qui prône l'intervention gouvernementale pour stimuler l'économie et se concentre plutôt spécifiquement sur le contrôle de l'inflation.

Ensuite, elle se lance dans une série de privatisations de sociétés d'État, faisant de la Grande-Bretagne le premier pays européen à se lancer dans cette voie. Elle privatise l'eau, le gaz, l'électricité, et dénationalise tous les fleurons de l'économie britannique : Rolls Royce, British Airways, British Aerospace, British Telecom, etc. Du même coup, fidèle à sa philosophie plaçant l'individu au centre de l'économie, elle invite les Britanniques des classes populaires à acheter des parts de ces entreprises.

Les finances de l'État s'assainissent, mais les compressions dans le secteur public entraînent des pertes d'emplois importantes. Au milieu des années 1980, le taux de chômage atteint 11,9 %, un sommet jamais égalé depuis.

Thatcher et les syndicats : la victoire sur les mineurs

Opposée au pouvoir des syndicats jugés trop fort, c'est en 1985 que Margaret Thatcher donne le coup de grâce au mouvement syndical, en cassant la grève des mineurs de charbons qui représentent à l'époque l'organisation ouvrière la plus puissante du pays (la National Union of Mineworkers). Pendant une année, les mineurs du charbon s'opposent à la fermeture des mines jugées non rentables par le gouvernement. Thatcher envoie la police, équipée de moyens militaires, pour casser les piquets de grève. Les affrontements font des milliers de blessés et d'arrestations. La grève est déclarée hors-la-loi par la justice britannique, une faction rivale se forme au sein du syndicat et les travailleurs finissent par retourner au travail après un an de lutte.

La fin de la grève représente une importante victoire pour le gouvernement conservateur, alors que le mouvement syndical sort affaiblit par le conflit.

Aujourd'hui, la grève du charbon continue d'incarner un symbole fort de la victoire du libéralisme sur les syndicats.

Thatcher et l'UE : « Je veux ravoir mon argent »

Considérée favorable à la communauté économique européenne à son arrivée au pouvoir, Thatcher plaidait en fait plutôt pour une zone de libre-échange à l'image de l'Accord de libre-échange nord-américain.

D'un point de vue national, Mme Thatcher s'outre du fait que l'Angleterre paye des contributions bien plus importantes que ce que le pays retire du budget européen. À l'issue d'une réunion à Dublin, en 1979, elle clame devant la presse qu'elle veut « ravoir son argent ». En s'opposant de manière plus ou moins ambivalente au projet européen, elle réussit à négocier avec ses partenaires un rabais sur les contributions anglaises.

L'actuel président de l'Union européenne, José Manuel Barroso, dit d'ailleurs que Mme Thatcher était « une actrice circonspecte » dans l'élaboration de l'Union européenne » et qu'elle resterait dans l'histoire de l'UE à la fois pour « ses contributions et ses réserves vis-à-vis de notre projet commun ».

La Poll tax, la mesure conservatrice de trop

Au bout de 11 ans de pouvoir et après avoir obtenu un troisième mandat, Mme Thatcher poursuit le parachèvement de sa vision économique et implante la Poll Tax, qui impose les foyers britanniques sans distinction de revenu ou de capital.

Jugée trop inégalitaire, la mesure est très impopulaire. Le 31 mars, des émeutes éclatent au Trafalgar Square et c'est son propre parti qui montre la porte à Mme Thatcher.

La Poll Tax fut finalement supprimée par le successeur de Mme Thatcher, John Major, et elle fut remplacée en 1993 par la Council Tax, un impôt plus progressif.

Un héritage aux effets persistants

La chaîne britannique BBC note qu'au moment où Margaret Thatcher a quitté le pouvoir, après 11 ans de promotion de l'économie libérale, de réduction des impôts et de la déréglementation des marchés financiers, sa philosophie économique s'est bel et bien imposée sur le spectre politique du pays. Le premier ministre actuel, le conservateur David Cameron, avec sa politique d'austérité, est souvent comparé à Mme Thatcher. Il dira d'ailleurs d'elle qu'elle a sauvé la Grande-Bretagne. 

Ailleurs dans le monde, plusieurs gouvernements se sont également inspirés du thatchérisme et ont salué son héritage économique.

L'Institut économique de Montréal, une organisation de droite, a publié il y a 3 ans un document intitulé : « Les 10 leçons apprises de Margaret Thatcher », dans lequel il salue les politiques de Thatcher par rapport aux syndicats, à la privatisation et sa prise de position en faveur d'une plus grande adhésion mondiale au capitalisme.

Mais si ses admirateurs encensent sa vision, ses détracteurs considèrent qu'elle avait tout faux. « Tous les problèmes réels que nous rencontrons aujourd'hui sont l'héritage du fait qu'elle avait fondamentalement tort », croit notamment Ken Livingstone, ancien maire travailliste de Londres. La crise de l'immobilier, la crise bancaire et l'instabilité sociale sont, d'après lui, les conséquences modernes du thatchérisme.

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