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Ottawa mène une enquête dans la controverse entourant la Banque royale du Canada

08/04/2013 06:10 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT

TORONTO - La controverse entourant la décision de la Banque royale du Canada de transférer en sous-traitance des dizaines d'emplois a continué de s'amplifier lundi, alors que le gouvernement fédéral a lancé une enquête tandis que des observateurs laissaient sous-entendre que le geste de l'institution bancaire fait partie d'une pratique inquiétante favorisée par des réglementations déjà en place.

Au coeur de la controverse se trouve iGate, une firme multinationale qui a rendu disponibles des employés pour offrir certains services techniques pour le compte de la Banque royale du Canada. Cette décision a touché directement 45 employés réguliers de l'institution bancaire à Toronto.

Des responsables gouvernementaux ont amorcé un processus de révision des formulaires d'application soumis par iGate dans ses démarches visant à rendre disponibles des travailleurs étrangers pour fournir des services à la plus grande banque au pays.

«Des responsables du ministère des Ressources humaines et du Développement des compétences révisent en profondeur, en ce moment, les avis concernant l'impact sur le marché du travail soumis par iGate, à partir de divergences apparentes entre des déclarations de responsables de la Banque royale du Canada et des informations auparavant transmises au gouvernement», a déclaré Alyson Queen, porte-parole de la ministre des Ressources humaines, Diane Finley.

Pour obtenir des permis pour leurs travailleurs étrangers temporaires, les entreprises doivent démontrer qu'il n'a pas été possible de trouver un employé canadien pouvant occuper le même poste.

Les dirigeants de iGate n'ont pas rappelé La Presse Canadienne.

La Banque royale du Canada affirme ne pas avoir embauché de travailleurs étrangers temporaires pour accomplir des tâches relevant d'employés actuels. Mais les dirigeants de la plus grande banque au pays ont reconnu avoir délégué certains services à une entreprise externe qui avait emmené ses propres employés pour des sessions de formation dans les bureaux de la Banque royale du Canada.

La Banque (TSX:RY) a dit être consciente de l'incidence de cette situation sur ses employés, et ajouté qu'elle s'affairait à trouver de nouvelles positions pour les employés dont les postes ont été transférés en sous-traitance.

Mais selon des observateurs, le geste de la Banque royale du Canada cadre dans un contexte beaucoup plus vaste.

«Le gouvernement canadien a fortement encouragé les employeurs à faire appel à des travailleurs étrangers temporaires», soutient Audrey Macklin, une enseignante à l'Université de Toronto et spécialiste en matière d'immigration.

Selon Mme Macklin, le gouvernement canadien incite les entreprises à recourir à des travailleurs étrangers temporaires, directement ou indirectement, en traitant leur requête d'immigration plus rapidement et en autorisant leur employeur à les payer moins cher qu'ils ne le feraient pour des travailleurs canadiens.

«En fait, le gouvernement du Canada subventionne les employeurs dans une proportion de 5 à 15 pour cent des coûts de main-d'oeuvre, sur le dos des travailleurs étrangers temporaires et au détriment de Canadiens», a déclaré Mme Macklin, qui ajoute que les compagnies se tournent souvent vers des fournisseurs externes pour accéder à un bassin de travailleurs étrangers temporaires.

Le gouvernement a maintes fois affirmé que le Programme des travailleurs étrangers temporaires vise uniquement à combler des «besoins aigus de main-d'oeuvre» lorsque des Canadiens ne sont pas disponibles pour occuper ces postes.

Mais selon le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, le gouvernement conservateur n'a rien fait pour freiner de telles pratiques.

«Nous voyons des banques et d'autres grandes sociétés, avec leurs avocats, qui érigent ces systèmes où des Canadiens sont privés de leur gagne-pain», a-t-il déclaré lundi.

La croissance rapide du Programme des travailleurs étrangers temporaires a généré des inquiétudes selon lesquelles des entreprises canadiennes comblent des postes à l'aide d'une main-d'oeuvre étrangère moins dispendieuse plutôt que de rechercher activement des Canadiens pour occuper ces emplois.

En 2012, on a compté plus de 213 000 travailleurs étrangers au Canada, comparativement aux quelque 160 000 immigrants qui sont entrés au pays en vertu du programme fédéral réservé aux travailleurs qualifiés.

Selon Sharryn Aiken, enseignante à l'Université Queens et experte en matière d'immigration, il faudrait établir une liste du type d'emplois que ces travailleurs temporaires occupent, ainsi que la durée.

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