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Héritage de Thatcher: David Cameron revendique la succession de la Dame de Fer

08/04/2013 02:34 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT
REUTERS

ROYAUME-UNI - Le thatchérisme serait-il en train de redevenir à la mode ? Il y a comme un parfum de "Miss Maggie" dans l'air, quand résonne l'austérité budgétaire que doivent affronter les Britanniques. Les notions de "sacrifice" et de "rigueur" ne sont plus des gros mots et rappellent inlassablement ce brushing hyperlaqué façon casque de gladiateur, ou le tailleur coupé comme un gilet pare-balles.

Margaret Thatcher, qui a tordu le cou aux syndicats, ressuscité l'économie anglaise et redonné des couleurs au blason de la Couronne, est érigée en modèle par l'actuel Premier ministre, David Cameron. Membre du parti conservateur lui aussi.

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Ce sont bien les mots de Thatcher qui sortaient de sa bouche, quand les deux millions de fonctionnaires sont descendus dans la rue le 30 novembre 2011 pour défendre leurs retraites. Ce fut le plus grand mouvement social depuis 1979, lorsque "l'hiver du mécontentement" avait immobilisé le Royaume-Uni.

Provocateur, dans un style emprunté à la "Dame de Fer", il a qualifié ce mouvement social majeur de "pétard mouillé", préférant insister sur l'aspect indispensable de sa réforme.

Margaret Thatcher en citations

Les Malouines, 30 ans après

Les récentes tensions autour des îles Malouines ne sont pas non plus sans rappeler Thatcher. En 1982, le Royaume-Uni et l'Argentine étaient allés jusqu'à entrer en guerre (2 avril-14 juin), après l'invasion de ce territoire sud-américain appartenant à l'Empire par l'Argentine.

Pour les 30 ans du conflit sur la souveraineté de ces îles, Buenos Aires a déposé le 10 février aux Nations unies une plainte contre une "militarisation" par Londres de l'Atlantique sud. Cameron en avait profité pour user de l'artifice du patriotisme britannique, tout comme Thatcher à son époque, qui avait récupéré cette guerre pour unir la population sous la bannière de l'Union Jack.

Le come-back du "our own money back"

Les relents d'euroscepticisme anglais à l'égard du leadership franco-allemand dans l'Union européenne ne sont également pas sans rappeler "Miss Maggie". "I want my money back" ("je veux récupérer mon argent"). Cette célèbre phrase lancée par l'ancienne Premier ministre à l'issue du sommet de Dublin en 1979 est devenue, avec le temps, l'acte fondateur de l'euroscepticisme à la sauce "british".

À l'époque, l'argent versé par les États européens servait essentiellement à alimenter la Politique agricole commune (PAC) et comme l'agriculture était moins développée au Royaume-Uni qu'en France, Margaret Thatcher trouvait injuste de contribuer autant que les autres à son financement. Ce credo lui permettra d'obtenir, en 1984, le désormais fameux "rabais britannique" qui se matérialise en un chèque fait tous les ans par les autres pays européens à Londres après le vote du budget européen.

David Cameron, aiguillonné par les conservateurs eurosceptiques, est de son côté allé au clash le 23 janvier avec ses partenaires européens. Le Premier ministre a ainsi proposé un référendum sur la question de rester ou non dans l'UE, à moins qu'un accord à l'avantage de Londres soit renégocié. Ce vote pourrait avoir lieu d'ici 2017, si les conservateurs remportent les élections de 2015.

Si François Mitterrand disait d'elle qu'elle avait "les yeux de Caligula et la bouche de Marilyn", David Cameron se fait volontiers surnommer "le bouledogue" pour souligner sa fermeté face à Bruxelles. Chacun son analogie de la pugnacité, mais un même sens pour faire exister l'île face au continent.

Mais Cameron n'égale pas encore son modèle

L'héritier de la seule femme devenue Premier ministre du Royaume-Uni, n'est pas encore arrivé aussi loin que son illustre prédécesseur. Si Margaret Thatcher est entrée dans l'histoire comme l'une des figures politiques britanniques les plus significatives, autant admirée que détestée, c'est aussi pour une intransigeance extrême.

C'est elle qui a laissé mourir les sept grévistes de la faim irlandais, dont Bobby Sands, en 1981. Encore elle qui est restée d'une fermeté presque inhumaine, lors de la grève des mineurs britanniques de 1984-1985, qui dura presque un an.

En octobre 1984, l'explosion d'une bombe à retardement attribuée à l'IRA au Grand Hôtel de Brighton, manque de provoquer sa mort. C'est le premier Premier Ministre britannique à avoir été victime d'un attentat depuis l'assassinat de Spencer Perceval en 1812.

David Cameron n'en est pas encore là, même s'il revendique fortement son appartenance à une lignée thatchérienne. L'avenir est souvent une copie plus pâle que le passé, et le chef du gouvernement a récemment douté qu'il bénéficiera d'un film en son honneur... N'est pas la "Dame de Fer" qui veut.

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