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Le fiasco de l'aéroport de Berlin couvre les Allemands de honte

08/04/2013 11:23 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT

BERLIN - Des lièvres courent sur des pistes inutilisées. Seul le cri d'une corneille perturbe le silence qui enveloppe une aérogare reluisante mais vide, qui devrait normalement retentir du vacarme de dizaines de milliers de voyageurs.

L'aéroport international Willy Brandt, nommé en l'honneur de celui qui a dirigé l'Allemagne pendant la Guerre froide, devait ouvrir ses portes à la fin de 2011, illustrant la transformation de Berlin de point chaud de la Guerre froide en capitale internationale de la principale puissance économique européenne.

Le projet démontre plutôt qu'une idée peut se transformer en cauchemar, même pour un titan techologique.

Après quatre délais, les responsables admettent maintenant que l'aéroport ratera sa nouvelle cible: octobre 2013. Pour s'éviter toute autre humiliation publique, ils refusent dorénavant d'évoquer une nouvelle date d'inauguration.

La saga du nouvel aéroport international de Berlin s'est transformée en blague nationale et en source de honte pour un peuple reconnu pour sa ponctualité.

Les médias allemands ont recensé des dizaines de milliers de problèmes techniques. Parmi ceux-ci: les responsables ne comprennent même pas comment éteindre l'éclairage. Des milliers d'ampoules illuminent continuellement, et inutilement, l'aérogare principale et des terrains de stationnement vides, une dépense monumentale qui est attribuée à un système informatique si complexe qu'il en est presque inutilisable.

Chaque jour, un train de passagers vide se rend jusqu'à l'aéroport désert pour empêcher un tronçon ferroviaire long de huit kilomètres de rouiller, un autre exemple d'une incompétence inexplicable. Pendant ce temps, des centaines d'arbres nouvellement plantés ont dû être abattus quand une entreprise a fourni la mauvaise variété de tilleuls; des escaliers mécaniques ont dû être reconstruits parce qu'ils étaient trop courts; et des dizaines de tuiles sont déjà brisées avant même d'avoir été piétinées par un seul passager.

Et c'est sans parler des 75 000 sprinkleurs qui font partie du système de lutte aux incendies ou encore du système de ventilation sous-terrain. Dans les deux cas, la technologie est si sophistiquée que les ingénieurs n'arrivent pas à comprendre pourquoi les deux systèmes font défaut.

Les détracteurs du projet affirment que ces problèmes technologiques sont amplifiés par la hâte et la négligence d'entrepreneurs sous pression de toujours travailler plus vite. La malhonnêteté de certains politiciens y serait aussi pour quelque chose.

«Plusieurs politiciens veulent associer leur nom à des projets prestigieux de grande envergure, a dit Sebastian Panknin, de l'Association des contribuables d'Allemagne. Pour lancer ces projets dispendieux, ils calculent artificiellement les coûts réels à la baisse pour obtenir le feu vert du parlement ou de différents comités.»

Les politiciens de différents niveaux ne se gênent pas non plus pour y aller de nouvelles demandes une fois les travaux commencés, ce qui mène à des modifications dispendieuses. Dans le cas de l'aéroport de Berlin, a expliqué M. Pankin, les politiciens ont formulé quelque 300 demandes de dernière minute — comme l'ajout d'un centre commercial à l'aérogare.

«L'aéroport est un exemple classique de l'incompétence de nos politiciens, a dit Sven Fandrich, un Berlinois de 28 ans. On a vu ça avec plusieurs grands projets d'infrastructure en Allemagne. Personne n'est responsable. Les politiciens sont plus préoccupés par la prochaine élection que par leur service aux citoyens.»

Le nouvel aéroport devait être financé par le secteur privé et remplacer ceux de Tegel, dans l'ancienne partie occidentale de Berlin, et de Schoenefeld, dans ce qui était l'Est communiste. Mais après une série de querelles avec les investisseurs privés, les trois paliers de gouvernement ont pris le contrôle du projet. En 2006, le coût était évalué à 2 milliards d'euros; après quatre retards, la facture est maintenant de 4,4 milliards d'euros.

Des transporteurs comme Air Berlin, le deuxième transporteur aérien allemand en importance, ont grandement souffert de ces délais et ont intenté des poursuites pour tenter de récupérer des revenus perdus. De petits commerçants qui avaient déjà embauché des employés et investi dans de nouveaux établissements à l'aéroport sont acculés à la faillite.

Et même une fois ouvert, les problèmes de l'aéroport ne seront pas nécessairement terminés.

Certains experts préviennent qu'il sera trop petit dès le premier jour. L'aérogare de 360 000 mètres carrés a été conçue pour accueillir 27 millions de passagers. L'an dernier, les deux aéroports de la ville ont accueilli 25 millions de visiteurs — et Berlin ne cesse d'attirer de nouveaux touristes.

«L'aéroport est trop dispendieux, trop petit et trop en retard» a dit l'expert Dieter Faulenbach da Costa, qui a récemment suscité toute une controverse en proposant la démolition de l'aéroport.

Dans l'espoir de sauver la mise, le projet a été confié en mars à Hartmut Mehdorn, l'ancien patron du système ferroviaire allemand. L'homme a une réputation de dur-à-cuire capable de redresser des entreprises en difficulté.

«Tout le monde dit: c'est impossible, a dit M. Mehdorn quand il a pris la direction de l'aéroport. Je dis: ça devrait être possible. Je ne sais seulement pas encore comment nous allons nous y prendre.»

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