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Décès de Margaret Thatcher : Raymond Saint-Pierre se souvient

08/04/2013 12:47 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT

Un texte de Yanick Cyr

« Même en privé, elle était la Dame de fer, ce n'était pas un personnage inventé », se souvient le journaliste Raymond Saint-Pierre, qui a été correspondant pour Radio-Canada à Londres de 1985 à 1988. La mort de Margaret Thatcher (1925-2013) a réveillé plusieurs souvenirs que M. Saint-Pierre partage comme un petit voyage dans le Londres de la fin des années 1980.

« Ce que l'on voyait dans les caricatures : Margaret Thatcher avec une coiffure de fer et son sac à main, c'était tout à fait fidèle au personnage », se souvient-il.

Arrivé dans une période tendue, le journaliste trouve le pays plongé dans des troubles socio- économiques. M. Saint-Pierre souligne la violence des manifestations dans les rues. « Ça se battait tous les jours, il y avait des chevaux là-dedans et des morts », relate-t-il. La grève des mineurs et sa répression de même que les privatisations de nombreuses entreprises d'État au cours des années précédentes avaient laissé des traces dans les mémoires pendant que les attentats de l'IRA retentissaient tant dans les rues de Belfast que dans celles de Londres.

Lorsqu'il débarque à Londres à l'été 1985, M. Saint-Pierre trouve le pays mobilisé autour de la question de l'apartheid en Afrique du Sud. Il se souvient des manifestations réclamant la libération de Nelson Mandela alors que Mme Thatcher rejetait son mouvement qu'elle qualifiait de communiste. Fidèle à sa réputation, Mme Thatcher s'inscrivait en faux face à l'opinion publique de ses concitoyens et elle soutenait le gouvernement sud-africain.

La détermination de Margaret Thatcher lui a permis de s'imposer, selon M. Saint-Pierre. Il se souvient que la reconquête des Malouines, alors qu'elle était au plus bas dans les sondages, lui a permis de relancer sa carrière politique. « Les gens se sont attachés à elle parce qu'elle refusait de reculer », estime-t-il.

« Elle s'est lancée dans la guerre des Malouines contre l'avis de ses propres généraux », rappelle M. Saint-Pierre. « Sa victoire lui a permis de se faire réélire alors que plusieurs l'avaient déjà enterrée. »

« Une vieille dame de son village natal, Grantham, m'a un jour dit qu'elle ne supportait pas les idiots et qu'on verrait de quoi elle était capable », confie M. Saint-Pierre. Une statue a d'ailleurs été érigée dans son village natal, où les gens l'aimaient bien, précise-t-il. Mais d'autres gens la détestaient tellement qu'ils ont arraché la tête de la statue.

M. Saint-Pierre rappelle que ce sont les Soviétiques qui lui ont, les premiers, accolé le sobriquet de « Dame de fer », explique Raymond Saint-Pierre, en raison de son intransigeance face au bloc de l'Est qu'il fallait « détruire » et « renvoyer dans les déchets de l'histoire », selon les termes de son ami Ronald Reagan, président des États-Unis à cette époque.

Malgré cette intransigeance face aux Soviétiques, c'est elle qui a fait confiance au chef de l'État Mikhaïl Gorbatchev. Dans l'une de ses phrases célèbres, elle précise qu'« on peut faire des affaires avec lui », en parlant de Gorbatchev. Elle a d'ailleurs téléphoné à Reagan pour lui faire part de son sentiment à cet égard. « C'est un peu grâce à elle que Reagan s'est ouvert à Gorbatchev », rappelle M. Saint-Pierre.

La Dame de fer a présidé aux destinées du Royaume-Uni lors d'une période particulièrement trouble et violente, résume M. Saint-Pierre. Sa façon de répondre à l'adversité aura marqué la vie de ses concitoyens et l'esprit de la planète. Elle s'en est prise au pouvoir des syndicats pour assainir l'économie de son pays, relève M. Saint-Pierre. « Et elle ne l'a pas fait en douceur, en négociant. Elle l'a fait en cassant les syndicats », résume-t-il.

Malgré ses méthodes particulières, M. Saint-Pierre souligne qu'elle demeure la seule femme à avoir été élue première ministre du Royaume-Uni et qu'elle est également la seule à avoir été élue à trois reprises.

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