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Sur la place Ferdaous de Bagdad, trois visions de la chute de Saddam

07/04/2013 02:37 EDT | Actualisé 06/06/2013 05:12 EDT

La statue de Saddam Hussein est arrachée de son socle, puis s'écrase au sol: l'image a symbolisé la chute du régime le 9 avril 2003. Aujourd'hui, sur la place où se dressait le monument, les Irakiens ont une impression contrastée de la décennie passée, entre amertume et allégresse.

Qaïs al-Charaa, Hilal al-Dilfi et Bassam Hanna ont vu l'histoire de leur pays donner un coup d'accélérateur ce 9 avril 2003. La place Ferdaous (Paradis, en arabe), où ils sont installés, abritait la statue de l'ancien dictateur, le bras droit levé vers le ciel.

En ce jour, moins d'un mois après l'invasion, des Irakiens aidés par des soldats américains mettaient la statue à terre. Par sa charge émotionnelle, cette date symbolise la fin du régime de celui qui a dirigé pendant 24 ans le pays d'une main de fer, finalement exécuté en décembre 2006.

Mais à la joie des débuts a vite succédé l'effarement et l'horreur du conflit confessionnel dans lequel a plongé l'Irak en 2006-2007.

Hilal al-Dilfi passe ses journées calé derrière un pupitre qui lui fait office de bureau de change. Pour lui, la question ne se pose même pas: tout va beaucoup mieux depuis 2003.

Comme la majorité de ses compatriotes, il est chiite et peut désormais librement pratiquer sa religion - une différence de taille avec l'Irak de Saddam Hussein, un sunnite, où les chiites étaient discriminés.

"Je vais bien. Sous Saddam, tout était compliqué. Mais ces dix dernières années m'ont été bénéfiques", assure M. Dilfi.

S'il n'a pas de mots assez durs pour les troupes américaines, qui ont finalement quitté l'Irak en décembre 2011, il reconnaît qu'elles ont au moins eu le mérite de débarrasser le pays du dictateur. "Soyons francs, sans les Américains, Saddam serait resté en place pendant 100 ans!".

De l'autre côté de la place Ferdaous, Qaïs al-Charaa est bien moins enthousiaste.

Secouriste de formation, il a ouvert un salon de coiffure en 2002. Entre ses ciseaux sont passées les crinières d'officiers, de ministres et autres dignitaires du régime de Saddam Hussein.

Alors que les troupes américaines s'enfonçaient dans Bagdad, M. Charaa vidait son salon de tous les objets de valeur par crainte d'être pillé.

"Nous ne voulions plus de Saddam, il n'a rien fait pour le pays. Mais le fait que ce soient les Américains qui aient envahi l'Irak m'a rendu très triste", dit-il.

Et de se rappeler des soldats américains qui, même pendant qu'il leur coupait les cheveux, ne se séparaient ni de leur harnachement ni de leurs armes. "Dix ans après, je peux vous assurer qu'ils n'étaient pas là pour l'intérêt des Irakiens. Ils ne sont pas venus en libérateurs mais en pilleurs".

Malgré sa colère, il admet que les choses vont plutôt bien pour lui. Son salon fait régulièrement le plein d'hommes prêts à débourser 25.000 dinars (20 dollars) pour une coupe.

A un jet de pierre du salon de coiffure, Bassam Hanna a lui une vision bien différente de la décennie passée.

Ce chrétien travaille aujourd'hui dans une petite épicerie. Etrangement, il raconte sans trop se faire prier qu'il a cuisiné pour les troupes américaines dans un camp au sud-est de Bagdad pendant six ans.

Plus inhabituel encore, il dit garder une certaine tendresse pour les soldats américains et n'hésite pas à exhiber un certificat de reconnaissance qu'ils lui ont décerné.

Les Américains "m'ont appris à être professionnel et à m'améliorer dans mon travail", assure-t-il.

Les premières années de l'occupation lui ont plutôt profité, mais, lorsque les chrétiens ont commencé à devenir la cible des insurgés, nombre de ses proches ont choisi l'exil.

Aujourd'hui, il aimerait rejoindre le reste de sa famille, établie aux Etats-Unis. "Rien ne me retient ici", soupire-t-il.

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