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Le gouvernement irakien tend la main aux anciens cadres du régime de Saddam

07/04/2013 11:35 EDT | Actualisé 07/06/2013 05:12 EDT

Le gouvernement irakien a dévoilé dimanche une batterie de mesures qui, si elles sont adoptées par le Parlement, permettront à d'anciens cadres du parti Baas du défunt régime de Saddam Hussein d'intégrer la fonction publique, répondant ainsi à une demande-clé des manifestants sunnites.

Les protestataires sunnites qui manifestent depuis plus de trois mois au nord et à l'ouest du pays jugent que les autorités s'en prennent de façon injustifiée et systématique aux anciens cadres du parti Baas, interdit depuis l'invasion de l'Irak il y a tout juste dix ans.

La proposition de loi adoptée par le gouvernement dimanche permettrait aux anciens chefs de groupes, ou "firqa", un échelon relativement élevé dans la hiérarchie baassiste, d'intégrer ou de réintégrer la fonction publique.

Les "Feddayin de Saddam", l'ancienne garde rapprochée d'Oudaï, fils redouté de l'ancien dictateur, pourraient, eux, bénéficier d'une retraite.

Enfin, seules les personnes placées sur liste noire d'ici la fin de l'année seraient bannies de la fonction publique.

"Pour créer un Etat, la réconciliation est inéluctable", a déclaré Mahmoud Othman, un député kurde qui s'oppose à l'actuelle loi sur la débaassification dont il estime qu'elle "punit" tous ceux qui étaient liés d'une manière ou d'une autre à l'ancien régime.

"Le gouvernement a adopté aujourd'hui un important amendement à la loi sur la responsabilité et la justice", a estimé le vice-Premier ministre Saleh Moutlak dans un communiqué.

La "loi sur la responsabilité et la justice" encadre le processus de débaassification et "a exclu nombre de gens talentueux et empêché le pays de (profiter) de leurs services", a-t-il souligné.

Les détracteurs de l'actuel arsenal législatif estime qu'il est utilisé de façon beaucoup trop élastique et tend à être utilisé systématiquement contre la minorité sunnite, dont Saddam Hussein était issu.

"Cette mesure nous fait entrer dans une nouvelle ère, nous nous éloignons de la phobie du parti Baas", a jugé Ihsan al-Chammari, professeur à l'université de Bagdad. "Je pense que le gouvernement a pris la bonne décision".

Mais, a-t-il prévenu, il est probable que la loi se heurte à la farouche hostilité du sud de l'Irak, majoritairement chiite, et à celle de la région autonome du Kurdistan irakien, où la population a énormément souffert sous le règne de Saddam Hussein.

Et pour le député kurde Mahmoud Othman, cette opposition pourrait se traduire au Parlement par un vote négatif de ses collègues dont les circonscriptions se trouvent précisément dans le sud du pays.

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