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A Alep, derrière l'entente entre Kurdes et rebelles, la méfiance pointe

07/04/2013 05:31 EDT | Actualisé 07/06/2013 05:12 EDT

A Cheikh Maqsoud, quartier à majorité kurde d'Alep dans le nord syrien, rebelles arabes et combattants kurdes assurent lutter ensemble l'armée de Bachar al-Assad mais la réalité sur le terrain est plus compliquée.

A l'entrée du quartier, Abou Ahmed arbore un foulard jaune, rouge et vert, aux couleurs du drapeau kurde qui trône à côté de celui de la révolution syrienne. "Je porte les couleurs de nos frères kurdes, même si je suis Arabe", dit fièrement ce commandant rebelle.

Selon lui, les comités de protection du peuple kurde (YPG), bras armé du Parti de l'union démocratique (PYD), leur ont "fourni des munitions et leurs combattants montent en première ligne contre le régime".

Depuis le début de la révolte il y a deux ans, les Kurdes (10% de la population), présents dans le Nord, ont tenté de garder leurs régions à l'abri des violences. A l'été 2012, l'armée régulière s'en est retirée sans combat et le YPG y assure la sécurité.

Si les kurdes sont hostiles au pouvoir qui les a réprimés pendant des décennies, ils ont essayé aussi d'empêcher les rebelles de pénétrer dans leurs régions pour éviter des représailles des troupes régulières, suscitant des soupçons de collusion avec le régime.

Ainsi, à Ras Al-Aïn, à l'extrémité nord-est du pays, des combats avaient opposé rebelles et kurdes quand des insurgés islamistes avaient voulu s'emparer de la ville.

Mais à Cheikh Maqsoud, où se joue selon les rebelles "la plus grande bataille d'Alep", les hostilités du passé semblent avoir été mis de côté et des kurdes se sont joints aux insurgés pour combattre l'armée.

Grâce à leur aide, "on a coupé la route de l'approvisionnement et des renforts de l'armée vers l'hôpital al-Kindi et la prison centrale" dans le nord d'Alep, affirme Abou Abdallah, qui commande une brigade de l'Armée syrienne libre (ASL), principale composante de la rébellion. "Maintenant, le régime n'a plus que ses avions pour approvisionner ses troupes".

Depuis l'entrée des rebelles dans le quartier, l'armée pilonne la zone. Samedi, son aviation y a bombardé un secteur (15 morts, dont neuf enfants), s'attirant une riposte des combattants kurdes qui ont attaqué un barrage, tuant cinq soldats.

"Il n'y a aucune différence entre nous", assure Abou Jouan, un combattant du YPG. "Nous combattons ensemble le même ennemi: le régime".

"C'est une question de conscience, nous combattons l'oppression du régime", renchérit, à ses côtés, un autre kurde.

Toutefois, la méfiance demeure.

A un check-point kurde du YPG sont rassemblés des dizaines d'hommes armés portant l'uniforme de la milice, frappé de l'étoile jaune sur fond rouge. Ils sont disciplinés et organisés en contraste avec les barrages routiers de l'ASL à Alep souvent tenus par quelques jeunes débraillés.

Là, un chef du mouvement explique que la priorité des kurdes est "l'auto-défense": "Nous sommes là pour protéger notre peuple et les habitants de Cheikh Maqsoud où le PYD est implanté depuis des années".

"Il y a des rebelles de l'ASL qui sont respectables et il y en a d'autres qui ne sont là que pour voler. Ils viennent dans les entreprises et pillent les machines", dit-il.

Pour cela, les combattants sont bien répartis à Cheikh Maqsoud: les Arabes surveillent les zones résidentielles et l'YPG la zone industrielle.

L'ASL redoute, quant à elle, que les habitants kurdes fournissent des renseignements sur ses hommes à l'armée.

"Au début, on laissait beaucoup de civils rentrer. Mais on a vu les bombardements redoubler et maintenant nous sommes plus vigilants", explique Abou Abdallah, dans ce secteur devenu quasiment un quartier fantôme.

A la périphérie nord de Cheikh Maqsoud, des files de civils fuient en courant, certains chargeant tapis, matelas et électroménager à bord de pick-up. "On fuit les bombardements", lâche l'un d'eux alors que démarre la camionnette sur laquelle il est juché.

mr/ram/tp

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