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Tammam Salam, Premier ministre conciliateur mais pas un poids lourd

06/04/2013 01:19 EDT | Actualisé 06/06/2013 05:12 EDT

Tammam Salam, chargé samedi de la lourde tâche de former un nouveau gouvernement au Liban, appartient à l'une des plus grandes familles politiques du pays, sans être un poids lourd comme le clan Hariri.

Pourtant fils de Saëb Salam -six fois Premier ministre entre 1952 et 1973-, M. Salam ne jouit pas, en comparaison avec ses prédécesseurs, d'une véritable assise populaire ni au sein de sa communauté sunnite, à laquelle revient par tradition le poste de Premier ministre dans ce pays multiconfessionnel.

Cet homme flegmatique de 67 ans, à la voix pondérée et reconnaissable à sa calvitie a été élu député de Beyrouth 1996 puis en 2009, la première fois sur la liste du dirigeant Rafic Hariri, assassiné en 2005, puis sur celle de son fils Saad Hariri.

Il est moins connu à l'étranger, contrairement à Rafic Hariri, ami des leaders du monde qui avait mis son carnet d'adresses au service du Liban, à Saad Hariri ou encore au Premier ministre sortant Najib Mikati, milliardaire à la tête d'un petit empire international de télécoms et d'immobilier.

Tammam Salam a été choisi comme candidat de consensus dans un pays profondément divisé et aura la lourde tâche de former un gouvernement qui contenterait aussi bien la coalition dont il est issu, soutenue par Washington et Ryad, que le camp du Hezbollah, allié du régime syrien et de Téhéran.

A l'issue de sa désignation, il a immédiatement affiché sa volonté de protéger le Liban, qui a lui-même connu une guerre civile (1975-1990), des retombées du conflit chez le grand voisin syrien.

Dans une interview à l'AFP, il a affirmé soutenir "la liberté et la souveraineté du peuple syrien", tout en soulignant l'importance de la politique de neutralité du Liban prônée par M. Mikati.

Ce fils d'une Damascène d'origine a condamné récemment les bombardements de l'armée syrienne de localités libanaises soutenant la rébellion, mais ses propos n'ont jamais été virulents contre le pouvoir de Bachar al-Assad.

En 1992, alors que le Liban d'après-guerre était écrasé par la tutelle syrienne, il a boycotté les législatives en solidarité avec ses compatriotes chrétiens qui luttaient contre l'hégémonie de Damas.

S'il est critique de l'arsenal du Hezbollah, il salue toutefois "la résistance contre Israël", cheval de bataille du parti chiite.

Contrairement aux "faucons" de l'opposition qui accusent le Hezbollah d'avoir créé un "Etat dans l'Etat", cet homme n'appelle pas ouvertement au désarmement de la bête noire d'Israël.

Outre son élection à la députation, il a dirigé brièvement le ministère de la Culture entre 2008 et 2009.

Son ton conciliant se fait l'écho de celui de son père Saëb Salam, lui-même fils d'un homme politique prééminent à l'époque des Ottomans et du mandat français au début du XXe siècle.

En pleine guerre civile entre musulmans alliés aux milices palestiniennes et chrétiens rejetant la présence de ces dernières au Liban, Saëb Salam a été l'auteur de célèbres slogans comme "Un Liban, pas deux Libans" ou encore "Ni vainqueur ni vaincu". Il refuse l'élection en 1982 du président Bachir Gemayel, adulé par la rue chrétienne, mais, après son assassinat, convainc les musulmans d'élire son frère Amine.

Tammam Salam a fait des études dans un lycée français de Beyrouth, puis d'économie et de gestion en Angleterre. Il a dirigé la grande fondation de charité Makassed et est marié à Lama Badreddine et père de trois enfants.

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