NOUVELLES
05/04/2013 07:34 EDT | Actualisé 05/06/2013 05:12 EDT

Étendu, indétectable chez les oiseaux, le virus H7N9 inquiète les experts

AP
Ducks are fed by two tourists at an amusement park in Beijing, China, Wednesday, April 3, 2013. Scientists taking a first look at the genetics of the bird flu strain that recently killed two men in China said Wednesday the virus could be harder to track than its better-known cousin H5N1 because it might be able to spread silently among poultry without notice. The virus also appears to have mutated into a form that enables it to more easily infect animals such as pigs, meaning they could serve as hosts that spread the virus more widely among humans. (AP Photo/Alexander F. Yuan)

Le virus H7N9 de la grippe aviaire, qui a fait un sixième mort en Chine, suscite l'inquiétude des experts car il s'étend très largement et les animaux qui le véhiculent, sans doute poulets ou canards, ne montrent aucun signe apparent de la maladie.

"Je suis prudemment inquiet", dit à l'AFP le virologue John Oxford, de l'Université de Londres Queen Mary.

"S'il s'agissait de quatre cas à Shanghai, je serais beaucoup moins inquiet, mais vu l'étendue géographique des cas, je pense que cela signifie quelque chose", ajoute-t-il.

"Ce n'est pas un virus mortel pour les poulets, ce qui veut dire qu'il pourrait se répandre parmi eux sans que personne ne s'en aperçoive. Et je pense qu'il est probablement plus étendu que nous le pensons".

En passant de l'animal à l'homme, ce qui implique une suite de mutations génétiques, le virus H7N9 a maintenant été identifié dans quatre provinces chinoises: Jiangsu, Zhejiang, Anhui et la capitale économique Shanghai.

Sur 14 cas confirmés, six personnes sont mortes depuis février, après avoir souffert d'une forte pneumonie, accompagnée de fièvre, toux et essoufflement.

La précédente épidémie de grippe aviaire, celle du virus H5N1 qui a touché 622 personnes depuis 2003, en tuant 371, avait au moins l'avantage d'être plus facilement repérable puisqu'elle était aussi mortelle pour les volatiles.

400 personnes sous surveillance

Pour l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l'origine de cette nouvelle source d'infection, tout comme son mode de transmission, ne sont pas clairement établis.

"On n'en sait pas encore assez sur ces infections pour déterminer s'il existe un risque significatif qu'elles s'étendent dans la communauté humaine", explique l'agence de l'ONU dans son dernier point sur internet.

A ce jour, on a constaté aucun cas de transmission d'homme à homme ni aucun cas hors de Chine.

Mais "toute influenza qui passe de l'animal à l'homme est potentiellement pandémique", remarque dans un communiqué Alan Hampson, président de l'Australian Influenza Specialist Group.

"Car si elle finit par pouvoir passer d'homme à homme, il est fort probable qu'elle créera une pandémie".

Pour l'instant, les autorités chinoises surveillent quelque 400 personnes ayant été en contact avec des malades, et aucune d'entre elles n'a montré de symptômes.

C'est une bonne nouvelle, car le risque d'épidémie sera d'autant plus fort que l'espèce humaine n'a encore développé aucune immunité contre cette nouvelle souche, et qu'il n'existe aucun vaccin préventif.

Cependant, selon l'OMS, des tests préliminaires ont montré que ce virus réagissait à des antiviraux existants comme le Tamiflu.

Pour l'instant, l'OMS n'est pas favorable aux examens dans les aéroports, comme du temps du H1N1, ou même à des restrictions de déplacements en Chine.

L'agence se contente de plaider pour une bonne hygiène, à commencer par le lavage régulier des mains. Elle recommande aussi de rester éloigné des animaux malades et de bien cuire les viandes.

Shanghai a quand même décidé vendredi de fermer temporairement ses marchés aux volailles vivantes.

L'OMS travaille aussi au développement d'un vaccin spécifique au H7N9, mais les experts estiment qu'il sera au point trop tard pour éviter une potentielle pandémie.

Difficile de prévoir avec ce type de virus de l'influenza qui peuvent tout aussi bien s'éteindre d'eux-mêmes que se répandre à toute allure, soulignent les experts.

Les virus de la grippe mutent régulièrement, mais ce n'est qu'une fois tous les cinq ans qu'ils passent d'une espèce à l'autre et rarement avec un grand impact sur l'homme.

"On devrait savoir dans quelques semaines si quelque chose de sérieux risque d'arriver", estime John Oxford.