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Un dessinateur judiciaire qui a tout vu, ou presque, fête ses 20 ans de métier

05/04/2013 05:08 EDT | Actualisé 05/06/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Il s'agit d'un anniversaire particulièrement morbide pour un homme qui a côtoyé certains des pires tueurs du pays.

Mike McLaughlin, un dessinateur judiciaire, a fait le portrait de certains des criminels canadiens les plus connus, et en est désormais à sa 20e année d'ancienneté dans son métier.

Au cours des derniers mois seulement, il a tenté de reproduire les traits des meurtriers présumés Luka Rocco Magnotta et Richard Henry Bain.

Sa place dans la salle d'audience lui a donné un point de vue unique dans des dossiers impliquant un professeur meurtrier de Concordia, des parrains de la mafia, le chef des Hells Angels Maurice Boucher, et Magnotta, dont l'audience préliminaire en lien avec l'assassinat de l'étudiant chinois Jun Lin reprend lundi.

Il y a eu une constante au cours des années: les caméras et appareils photos n'ont généralement pas été permis dans les salles d'audience canadiennes. Cela signifie que les croquis judiciaires constituent le seul moyen, pour la plupart des gens, d'avoir un aperçu des procédures et des accusés.

En utilisant du fusain et des pastels — parfois même des jumelles pour capter toute l'essence d'une scène —, il reconnaît l'aspect ironique du fait que de tels outils ont encore préséance à l'ère des téléphones munis d'appareils photo.

Il dit cependant aussi constater la valeur de la discrétion dans les tribunaux canadiens.

«Un témoin ne serait peut-être pas le même sous l'oeil des caméras», a-t-il déclaré lors d'une récente entrevue dans son petit studio. «Nous ne pourrions pas vraiment avoir des centaines de caméras dans une salle d'audience — comment pourrions-nous contrôler une telle chose?»

Sa carrière professionnelle a débuté «par hasard» en 1993. À l'époque, il réalisait des portraits dans les rues du Vieux-Montréal — ce qu'il fait toujours aujourd'hui, d'ailleurs.

M. McLaughlin se souvient d'avoir reçu un appel et, une heure et demie plus tard, crayons pastels et tablette en main, de se rendre couvrir l'affaire Valéry Fabrikant. Le professeur de génie avait tué quatre de ses collègues à l'Université Concordia en 1992.

«J'étais très nerveux lorsque j'y suis allé pour la première fois, mais il est apparu que c'était une situation où les choses allaient de l'avant par elles-mêmes.»

L'un de ses souvenirs les plus vifs remonte à l'époque où il couvrait un procès de motards criminels en 2003. Il s'est retrouvé à discuter avec les prisonniers musclés et baraqués alors qu'ils se tenaient dans l'enclos des prisonniers. Les accusés étaient en fait amateurs d'art, et désiraient voir ses croquis.

«Les Hells Angels aimaient mes dessins», a-t-il dit. «Ils voulaient voir à tous les jours ce à quoi ils ressemblaient, et me faisaient signe à travers la vitre pare-balles. Ils étaient très intéressés de savoir comment cela fonctionnait.»

L'intérêt des motards allait d'ailleurs au-delà de son travail d'artiste. À un moment donné, M. McLaughlin s'est éraflé le visage après avoir trébuché dans des escaliers. Le dessinateur se souvient de l'avocat des motards lui demandant s'il se portait bien et si ses clients pouvaient l'aider de quelque façon que ce soit.

«Les Hells Angels m'aimaient», résume-t-il.

Au cours des années, ses oeuvres ont été publiées aussi loin qu'en Russie et en Australie et, plus récemment, il a exercé son talent dans l'affaire Magnotta pour divers médias, dont La Presse Canadienne.

Ce procès très médiatisé n'est que le plus récent projet professionnel pour M. McLaughlin, qui est né à Montréal.

Se décrivant comme un autodidacte, l'artiste a dessiné son premier portrait à 14 ans, et a reçu une première paye à 15 ans pour ses travaux.

Et qu'a-t-il à dire à propos de la possibilité que la règle interdisant aux juges de permettre l'usage des caméras en cour soit un jour annulée? Mike McLaughlin ne semble pas trop inquiet. «Je crois que le caractère sacré de la salle d'audience sera préservé», affirme-t-il.

L'avocat Mark Bantey, spécialisé dans le droit des médias, ne croit pas non plus que la règle risque de changer dans un avenir proche. «Les juges pourraient modifier leur point de vue sur la question, lentement mais sûrement, mais je ne crois pas que cela se produira en une nuit, c'est certain», a-t-il dit.

Pour ce qui est de M. McLaughlin, il n'a aucunement l'intention de fermer boutique prochainement et de ranger ses crayons. «C'est toujours excitant pour moi», dit-il avec passion, ajoutant qu'il espère couvrir le domaine judiciaire pendant encore 20 ans.

«Ce n'est pas comme un boulot: j'adore ça!»

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