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Les responsables des Centres d'éducation populaire tirent la sonnette d'alarme

05/04/2013 02:07 EDT | Actualisé 04/06/2013 05:12 EDT

Les six centres d'éducation populaire (CEP), qui offrent leurs services à plus de 100 000 personnes à Montréal, pourraient fermer leurs portes d'ici 2015, en raison de compressions budgétaires.

Ces centres, qui se trouvent dans des quartiers défavorisés, ont pour mission d'offrir des cours et des services aux personnes vulnérables. Leur avenir est en péril parce que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) n'a plus les moyens de les épauler. Une mobilisation s'organise pour demander l'intervention de Québec.

Les CEP viennent en aide à des personnes souvent âgées de plus de 60 ans, qui ont peu d'instruction et qui vivent dans la pauvreté. Ils offrent notamment des cours d'alphabétisation, d'informatique, de langues et de cuisine et permettent aussi à ceux qui les fréquentent de briser la solitude. Après plus de 40 ans d'existence, leur survie est toutefois menacée.

Aux prises avec un déficit colossal, la CSDM affirme qu'elle ne pourra plus offrir des baux gratuits aux CEP dans ses immeubles d'ici mai 2015. Elle cessera aussi de leur octroyer une subvention annuelle, qui s'est déjà élevée à 300 000 $, qui prendra graduellement fin d'ici deux ans.

Sans cette aide, les centres devront vraisemblablement fermer leurs portes. « Si l'argent sort parce qu'il faut payer nos loyers, c'est sûr qu'on ne peut plus donner de services, pas dans le même contexte. C'est sûr qu'on est voués à mourir à très courte échéance », affirme Sylvie Laliberté, porte-parole d'INTERCEP, l'organisation qui réunit les six centres d'éducation populaire de Montréal.

La CSDM, qui dit croire profondément à la mission des CEP, affirme qu'elle n'a plus les moyens de puiser à même ses budgets pour les financer. Par ailleurs, la commission scolaire affirme qu'elle n'a pas le financement requis pour effectuer des travaux majeurs qui doivent être exécutés dans les immeubles qui abritent les centres, qui sont souvent vétustes. « C'est ce qui fait en sorte qu'en 2015, on ne peut pas renouveler un bail qui est actuellement à zéro dollar, parce que les frais des travaux, les frais énergétiques, sont trop grands », explique Catherine Harel-Bourdon, commissaire de la circonscription scolaire de Tétreaultville.

Mobilisation

Les responsables des CEP ont dressé une liste de revendications qu'ils espèrent voir mise en oeuvre par Québec. Ils demandent au gouvernement de Pauline Marois une subvention de 6 millions de dollars pour la rénovation des six centres, et une subvention annuelle de 700 000 $ pour assurer leur fonctionnement. Ils souhaitent également obtenir un bail à long terme qui assurerait la pérennité des centres dans les immeubles qu'ils occupent.

Ces responsables ont déjà envoyé des lettres à la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, pour faire valoir leurs revendications, mais affirment que leurs demandes n'ont pas été accueillies favorablement. Ils veulent maintenant obtenir une rencontre avec la première ministre Marois, pour qu'elle prenne clairement position sur l'avenir de leurs centres.

Lors d'une conférence de presse tenue vendredi matin, plusieurs élus se sont joints aux responsables des CEP pour mettre de la pression sur le gouvernement péquiste. L'ancien ministre de l'Éducation Paul Gérin-Lajoie, le premier à occuper ce poste au Québec, était aussi sur place et a livré un vibrant plaidoyer en faveur de l'éducation non formelle. « Continuez vos interventions auprès des décideurs politiques qui ne sont peut-être pas pleinement conscients du rôle que des regroupements comme le vôtre sont appelés à jouer dans notre société. Oui, vous jouez un rôle capital et je voudrais qu'au-delà de ces murs, les médias rapportent qu'un vieux ministre de l'Éducation croit comme un fou à l'importance de l'éducation non formelle », a-t-il déclaré.

La chef de Vision Montréal, Louise Harel, et le député de la circonscription de Mercier, Amir Khadir, du parti Québec solidaire, étaient aussi sur place.

« Il est minuit moins cinq pour les CEP », a souligné M. Khadir, qui soutient les responsables de ces centres dans leur démarche. « Mme Marois connaît l'importance de l'éducation populaire dans notre société et doit accepter la demande de rencontre qui lui est aujourd'hui adressée », a ajouté le député de Mercier dans un communiqué.

Pour Amir Khadir, « la fermeture de cet organisme serait un désastre pour les nombreuses familles qui bénéficient de ses services ».

Paul Bélanger, professeur à la faculté des sciences de l'Éducation de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), s'est longuement penché sur la situation de ces centres dans ses recherches. En entrevue à Radio-Canada, M. Bélanger a estimé qu'un montant annuel de 700 000 $ devrait être alloué aux CEP pour permettre un fonctionnement adéquat.

Paul Bélanger rappelle à la première ministre Marois qu'en 1998, à l'époque où elle était ministre de l'Éducation, elle avait sauvé les Centres d'éducation populaire et espérait qu'ils allaient survivre. Le bureau de l'actuelle ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, n'a pas répondu à la demande d'entrevue de Radio-Canada.

Avec la collaboration d'Olivier Bachand

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