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04/04/2013 12:25 EDT | Actualisé 04/06/2013 05:12 EDT

A l'origine du Wikileaks des paradis fiscaux, une ONG et un mystérieux colis

2,5 millions de fichiers secrets et 48 pays concernés: la vaste enquête journalistique qui a donné naissance à une sorte de "Wikileaks" des paradis fiscaux n'aurait jamais vu le jour sans une petite ONG de Washington (ICIJ) et l'envoi d'un mystérieux courrier par la poste.

La cascade de révélations qui se déverse actuellement dans la presse mondiale, et notamment en France sur l'ancien trésorier de campagne de François Hollande, est partie d'un disque dur truffé de données reçu il y a plus de 18 mois par Gerard Ryle alors qu'il était journaliste d'investigation en Australie où il venait de boucler une enquête sur une vaste fraude financière.

"Ces données étaient quasiment impossibles à lire. Elles faisaient planter mon ordinateur à répétition. Il y avait beaucoup de noms de personnes de partout dans le monde mais qui ne me disaient rien", raconte-t-il à l'AFP.

Gerard Ryle ne dit pas à quel moment précis il a reçu ce mystérieux et précieux envoi. Son instinct lui dit qu'il s'agit de quelque chose de "gros".

Le hasard va lui permettre d'en avoir le coeur net. Après avoir reçu ce colis, Gerard Ryle quitte son pays d'origine et émigre à Washington à l'automne 2011 pour prendre la tête du Consortium des journalistes indépendants (ICIJ), une organisation non-gouvernementale fondée en 1997 pour coordonner le travail des reporters sur la corruption.

"J'ai toujours eu en tête de demander de l'aide à des reporters à travers le monde. C'était l'instrument idéal", souligne-t-il.

Sur le modèle de Wikileaks, qui avait publié des câbles diplomatiques, M. Ryle va faire appel à un réseau de grands journaux à travers le monde (The Guardian, Le Monde, The Washington Post...) pour l'aider à recouper les informations, à en évaluer l'intérêt pour le grand public et coordonner quinze mois d'enquête.

"Il ne suffisait pas de s'asseoir et d'écrire un article. Les dossiers sont incroyablement complexes et il fallait avoir le contexte. On se demandait tout le temps: est-ce qu'il y a une histoire ?", poursuit-il, ajoutant que certaines investigations, au Japon notamment, n'ont pas abouti.

L'appel à la presse étrangère se fait autant par vocation que par nécessité. L'ICIJ ne compte que trois salariés permanents qui ne sont pas en mesure de traiter une masse d'informations qui serait, selon l'ONG, "160 fois" plus vaste que celle collectée par Wikileaks.

L'ICIJ a également bénéficié de l'aide cruciale d'une société australienne qui leur a fourni gratuitement un logiciel de lecture et de décryptage de données complexes.

"Je les ai contactés et je leur dit: +ne me demandez pas pourquoi j'en ai besoin mais acceptez-vous de me le donner ?+", se souvient Gerard Ryle, soulignant que l'ICIJ n'avait "absolument pas les moyens" de se payer un tel logiciel.

En professionnel averti, Gerard Ryle savait aussi qu'il y avait un autre obstacle à franchir: faire travailler ensemble des journalistes d'investigation. "Ce n'est pas quelque chose que nous faisons traditionnellement. Nous préférons travailler chacun de son côté et garder nos secrets".

Il en est aujourd'hui convaincu: l'enquête n'a de valeur que parce qu'elle associe "un vaste réseau" de journalistes dans le monde.

A présent, le patron de l'ICIJ assure que d'autres révélations "sont à venir" mais récuse tout rôle de procureur et affirme ne pas se soucier de savoir si des enquêtes pénales et fiscales sont lancées.

"Notre travail est d'informer le public sur des faits qu'il ne connaît pas. Ce qu'en font les gens et les autorités après ne regarde qu'eux".

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