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03/04/2013 03:17 EDT | Actualisé 03/06/2013 05:12 EDT

Tunisie: un avocat opposant incarcéré pour "sodomie"

L'avocat Mounir Baatour, chef du parti libéral tunisien, un petit mouvement d'opposition, a été incarcéré mercredi pour acte de sodomie présumé, a indiqué à l'AFP son conseil, précisant que son client nie les faits.

"Le juge d'instruction a émis un mandat de dépôt aujourd'hui" contre M. Baatour, qui a été placé en détention, a indiqué Me Koutheir Bouallègue. La sodomie est passible de trois ans de prison selon le code pénal tunisien.

"Il a nié en bloc et il est faux de dire qu'il a été surpris en flagrant délit", a-t-il ajouté, précisant que le jeune homme avec qui M. Baatour est accusé d'avoir eu des rapports sexuels a été laissé en liberté.

Me Bouallègue a assuré que le dossier de l'accusation était par ailleurs miné par des vices de forme, refusant d'apporter des détails supplémentaires sur le fond de l'affaire au nom du secret de l'instruction.

Selon des informations de presse, M. Baatour a été surpris le week-end dernier dans une chambre de l'hôtel Sheraton avec un amant par des membres du personnel qui ont prévenu la police.

La présidente de l'Association tunisienne de soutien aux minorités, Yamina Thabet, informée des faits, a vivement dénoncé ces poursuites, estimant que ce type d'affaires est "rare".

"C'est rare que des gens soient arrêtés pour sodomie car cela suppose un flagrant délit. Or pour qu'il y ait flagrant délit, il faut soit que la personne soit surveillée, soit qu'il y ait effraction", a relevé cette militante très engagée pour les droits des homosexuels.

Mme Thabet a souligné "l'absurdité" de la législation et la nécessité de "dépénaliser" la sodomie, la qualifiant de "loi de réserve pour l'intimidation".

M. Baatour n'est guère connu du public. Son parti n'est pas représenté à l'Assemblée nationale constituante. Il prône avant tout la libéralisation de l'économie tunisienne et le désengagement de l'Etat.

L'homosexualité reste un sujet tabou en Tunisie comme ailleurs dans le monde arabe.

L'opposition et une partie de la société civile accusent régulièrement les islamistes d'Ennahda, qui dirigent le gouvernement tunisien, d'orchestrer une islamisation rampante de la société.

Bsh-alf/cnp

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