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03/04/2013 04:22 EDT | Actualisé 02/06/2013 05:12 EDT

Oum Omar, le "jihad" en cuisinant dans la montagne syrienne

A 53 ans, Oum Omar a décidé de rejoindre le maquis. Dans les montagnes turkmènes du nord syrien, elle mène son "jihad" à sa façon, en préparant chaque jour d'énormes marmites de nourriture pour les rebelles des alentours.

"Tous les matins, je suis debout dès cinq heures pour leur cuisiner le repas, je n'ai pas raté un seul jour depuis près d'un an", dit-elle, en sortant de l'huile bouillante des dés de pomme de terre qu'elle a découpés seule toute la matinée.

"Sous la neige, sous la pluie, parfois même sous une pluie de roquettes, elle n'a jamais arrêté de nous préparer à manger", renchérit Assad, un jeune rebelle du Jabal Turkmène (montagne turkmène), situé dans la province de Lattaquié, région d'origine du clan Assad au pouvoir depuis quatre décennies.

Abou Khaled, sniper d'une brigade voisine, ne tarit pas d'éloges sur celle qui est, selon lui, "une mère ou une soeur pour tous les combattants".

"Elle fait l'impossible pour nous obtenir tout ce qu'on lui demande. Une fois, un jeune lui a même demandé du riz au lait, elle s'est démenée pour trouver les ingrédients et le lendemain, il avait son riz au lait", dit-il.

"Ici, ceux qui n'osent pas dire qu'elle cuisine encore mieux que leur mère disent tous +c'est aussi bon que la nourriture que prépare ma mère+", ajoute-t-il en servant à une tablée de jeunes hommes les pommes de terre et le riz aromatisé aux épices qu'Oum Omar a préparé durant la matinée.

Et pourtant, elle n'en tire pas particulièrement de fierté. "Faire à manger aux combattants, c'est ma façon de participer à la révolution. Et cela m'occupe l'esprit, comme ça je ne me ronge pas les sangs en pensant aux bombardements et à l'humiliation que nous fait subir chaque jour le régime", dit-elle en versant de grosses cuillerées de sel dans une marmite.

Oum Omar, qui conclut toute ses phrases par un puissant: "Que Dieu maudisse Bachar (al-Assad, le président syrien)", a pris toute seule la décision de quitter la ville de Lattaquié (ouest) où elle vivait, pourtant jusqu'ici épargnée par les combats.

Le Jabal Turkmène est en grande partie tenu par les rebelles. Il borde au nord la Turquie qui soutient les rebelles et protège la minorité turkmène -sunnite et turcophone- et au sud la montagne alaouite, la minorité du président Bachar al-Assad. Des combats violents se déroulent depuis neuf mois à la limite sud, les rebelles tentant de progresser vers la ville de Lattaquié située à moins de 50 km.

"J'ai juré que je ne descendrai de la montagne que le jour où le tyran serait défait. Alors, nous rentrerons victorieux dans nos maisons", dit-elle avec conviction.

"Au début, mes enfants n'ont pas compris, mais je leur ai expliqué et maintenant même Abou Omar (son mari, NDLR) a fini par accepter l'idée que je sois ici", dit-elle en naviguant d'une marmite à l'autre. "De toute façon, c'est moi qui choisis, je fais ce que je veux".

Tous les jours, c'est le même rituel pour cette quinquagénaire pleine d'entrain.

"Chaque matin, je fais ma prière à l'aube, je prends un café et je décolle. Je fais le tour des voisins et chacun me donne un peu pour le repas que je distribue ensuite aux rebelles et aux habitants des alentours", explique-t-elle.

Ainsi, dans le jardin d'une famille turkmène, elle coupe avec un petit canif des branches de menthe, du persil et des salades avant de rejoindre sa "cuisine", en tout quelques parpaings empilés les uns sur les autres et une bâche en guise de toit. L'essentiel des denrées est fournie par les insurgés.

Et pour ce chef improvisé, pas de toque ni de tablier, mais un treillis que les rebelles lui ont donné pour mener ce qu'elle appelle son "jihad".

"A la maison, j'ai toujours eu le gaz. Ici j'ai appris à cuisiner au feu de bois", raconte-t-elle, en enfournant des branches et des pommes de pin sous ses casseroles, au milieu d'un champ, à côté de la base d'une brigade locale.

Ces branches, elle va parfois les couper elle-même dans les bois. "Cette révolution m'a rendue très virile", rit-elle, pleine d'énergie.

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