NOUVELLES
02/04/2013 10:13 EDT | Actualisé 02/06/2013 05:12 EDT

Terrorisme : le Canada perd-t-il la bataille contre la radicalisation?

Les autorités canadiennes auraient-elles pu éviter que de jeunes Canadiens prennent part au drame d'In Amenas, qui a fait près de 70 morts en janvier en Algérie?

Xristos Katsiroubas était un adolescent comme les autres. Il a grandi dans une famille grecque orthodoxe, dans un quartier de classe moyenne, loin des clichés que l'on associe souvent aux laissés pour compte qui cultivent un désir de vengeance envers la société.

Quelques années plus tard, la photo du jeune homme blond fait la manchette : lui et son ami Ali Medlej auraient, selon des sources de CBC News, participé à la prise d'otages sur le site gazier d'In Amenas en Algérie, une attaque revendiquée par une organisation djihadiste.

Les deux hommes auraient attiré l'attention du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) en 2007, alors qu'ils étaient encore mineurs, mais lorsqu'ils se envolés pour quitter le Canada l'an dernier, ils n'étaient plus sous surveillance.

Leur présence sur le site d'In Amenas aurait-elle pu être prévenue? Selon Michel Juneau-Katsuya, expert en sécurité nationale, le SCRS a pour mission de détecter les éléments radicaux et joue donc un rôle de surveillant plutôt que d'intervenant. Ce sont les « autres organismes du gouvernement qui devraient travailler et aider les communautés », croit-il.

« En fait, les Canadiens devraient être reconnaissants puisqu'ils n'ont pas subi d'attaques violentes sur leur propre sol, contrairement à certains pays européens, ajoute M. Kenney, évitant de commenter les révélations entourant l'identité des deux Canadiens.

Le ministre des Affaires étrangères John Baird, quant à lui, considère que le Canada ne peut pas faire beaucoup plus que de collaborer étroitement avec l'Algérie. La radicalisation des jeunes adultes est un problème auquel font face de nombreux pays occidentaux, comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, remarque M. Baird.

Le fait que Xristos Katsiroubas et Ali Medlej aient pu quitter le pays sans problème est selon M.Juneau-Katsuya révélateur des failles dans le système de lutte antiterroriste canadien. Au moins une cinquantaine de jeunes hommes auraient quitté le Canada depuis plusieurs années pour joindre des groupes terroristes dans divers pays.

Surenchère de la vie privée?

Alors que le phénomène de la radicalisation semble prendre de l'ampleur, M. Juneau-Katsuya affirme que les valeurs de liberté d'expression et de religion s'ajoutent à une tendance actuelle de « surenchère de la protection de la privée », ce qui peut limiter la force de frappe du SCRS.

Il donne pour exemple la loi qui exige que la police se procure un mandat similaire à celui d'écoute téléphonique pour examiner les messages textes envoyés entre individus, ce qui selon lui satisfait les compagnies téléphoniques en premier lieu.

Au-delà des clichés

Parmi les attentats à la bombe motivés par des groupes aux motivations idéologiques qui ont eu lieu au Canada depuis le 11 septembre 2001, plus d'une trentaine n'auraient rien à voir avec l'islam radical ou le mouvement djihadiste. « C'est un phénomène qui va au-delà de la communauté musulmane », explique M. Juneau-Katsuya.

L'Association des musulmans de la ville de London, en Ontario, d'où Katsiroubas et Medlej étaient originaires, ont d'ailleurs déclaré ne pas connaître les jeunes hommes et rejeter les points de vue radicaux.

« Actuellement, les études démontrent que la majorité des jeunes recrutés pour des attaques terroristes viennent de familles classe moyenne et privilégiée, ont fait des études, ont une bonne éducation, ont souvent voyagé à l'étranger. [...] Ils sont recrutés de manière intellectuelle, idéologique et émotionnelle avant tout », souligne M. Juneau-Katsuya.

Selon Ray Boisvert, ancien directeur adjoint du SCRS, les jeunes recrutés « sont mus par le goût d'aventure et la recherche de buts, une quête de sens dans leur vie. »

Avant même que les futurs terroristes n'apparaissent sur le radar du CSRS, ce sont les parents qui constituent la première ligne de défense. Ce sont eux qui vont remarquer que leur fils « qui aimait le hockey, qui aimait les filles et sortir écouter la musique à la discothèque » a changé, qu'il a « un comportement différent, un discours différent », souligne M. Juneau-Katsuya.

PLUS:rc