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Dans Alep en guerre, le commerce de l'or bat son plein

01/04/2013 04:07 EDT | Actualisé 31/05/2013 05:12 EDT

Oum Mohammad entre timidement dans la boutique: "J'ai un collier en or, à combien le prenez-vous?". A la pesée, cinq grammes s'affichent: "24.000 livres syriennes (240 USD)". A Alep, la capitale économique de la Syrie en guerre, les vendeurs d'or se frottent les mains.

Dans la métropole commerçante où le chômage touche des milliers de familles, leurs boutiques ne désemplissent pas.

Oum Mohammad, 50 ans et sept enfants à nourrir, se renseigne chaque jour car le prix de l'or grimpe toujours plus dans la ville au patrimoine millénaire dévastée par neuf mois de combats.

"Il me reste une chaîne en or qui appartient à mon fils, je ne vais pas tarder à le vendre car il faut acheter à manger et habiller les enfants", confie-t-elle à l'AFP.

Son mari, qui travaillait dans une usine, a perdu son emploi quand l'électricité a été coupée il y a plusieurs mois à Alep. Depuis, sa famille est sans ressources. Grâce à son or, Oum Mohammad espère tenir encore quelques temps.

"Chaque jour, des gens viennent pour me vendre environ 10 ou 20 grammes d'or. Une fois, un client a débarqué avec 200 grammes d'or en boucles d'oreille et en bagues. Il me revendait les bijoux de sa femme", raconte Abou Ahmad, 42 ans, derrière son comptoir où trônent une balance et quelques colliers éparpillés.

Si certains en sont réduits à vendre les bijoux de leur femme pour subvenir aux besoins de leurs proches, il y a aussi ceux qui préfèrent convertir leurs livres syriennes, dont la valeur est en chute libre depuis le début il y a deux ans de la guerre civile, en or, dernière valeur refuge.

Avant la révolution en Syrie, le gramme d'or valait 3.200 livres syriennes, à l'époque où un dollar s'échangeait contre 65 livres. Aujourd'hui, le gramme a atteint 4.900 livres et le dollar 113 livres.

Alors que la monnaie nationale est en chute libre, "ceux qui veulent sauver leur patrimoine le convertissent en or", affirme Abou Ahmed.

A quelques mètres de là, Abou Salem, 40 ans, a investi toutes ses économies pour acheter une joaillerie. Il vendait des sandwichs jusqu'à ce que les combats ne gagnent sa ville et les coupures de courant l'ont obligé à fermer boutique.

"Beaucoup de joailliers ont fui les combats. Ils avaient assez d'argent pour quitter le pays, donc j'ai repris une de ces boutiques et maintenant je vends et j'achète de l'or pour nourrir mes cinq enfants", dit-il.

Mais cette prospérité fait des envieux. "Des hommes armés viennent nous voler. Certains sont même membres de l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles)", lâche Abou Khaldoun, 49 ans.

"Il n'y a aucun lieu sûr et nous sommes de vraies cibles pour les voleurs. Certains cachent leur or et leur argent dans des trous qu'ils creusent dans la terre", poursuit-il.

Abou Brahim, 45 ans, dont 20 à tenir sa boutique, lui, ne veut se fâcher avec personne. Parce qu'il traverse régulièrement les check-points pour aller dans les quartiers tenus par l'armée, il ne veut pas parler de la sécurité de sa boutique clinquante, aux murs recouverts de miroirs.

Il raconte toutefois l'histoire d'un ami joaillier: "Il avait 12 kilos d'or dans sa boutique, il a perdu 60 millions de livres syriennes la semaine dernière quand des hommes armés ont débarqué et tout raflé".

mr/ram/sw

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