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Ralph Klein a suivi dans la tradition de prédécesseurs, selon un politologue

29/03/2013 10:09 EDT | Actualisé 29/05/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Ralph Klein aura été un premier ministre dans la tradition de certains de ses prédécesseurs en Alberta, qui ont porté un projet économique important et ce de façon très systématique, estime un politologue québécois.

Selon Alain Gagnon, un professeur en sciences politiques à l'Université du Québec à Montréal, M. Klein a imité Peter Lougheed et Don Getty, qui l'ont précédé au poste de premier ministre, en essayant de propulser l'Alberta vers l'avant en s'appuyant surtout sur les ressources naturelles, dont les sables bitumineux.

Par ailleurs, M. Gagnon retient de M. Klein un politicien peu porté sur les questions environnementales, une situation d'autant plus ironique, a-t-il dit, puisqu'il a occupé le poste de ministre de l'Environnement pendant plus de trois ans, entre 1989 et 1992.

M. Gagnon a même observé le fait que M. Klein s'était prononcé contre le protocole de Kyoto, une prise de position qui a eu pour effet de créer beaucoup de tensions avec le ministre libéral Stéphane Dion.

Mais si M. Klein pouvait avoir des différends avec le ministre Dion, il a entretenu d'excellentes réactions avec Jean Charest.

En entrevue à La Presse Canadienne, vendredi soir, l'ancien premier ministre du Québec a rendu hommage à M. Klein, qu'il a connu lorsque celui-ci était ministre de l'Environnement en Alberta et que M. Charest gérait le même portefeuille à Ottawa, au sein du gouvernement conservateur.

«On a réalisé beaucoup de projets ensemble, on a négocié des ententes et nous sommes devenus de très bons amis, au point où il m'a appuyé en 1993 lorsque j'étais candidat au leadership conservateur et je l'ai appuyé lorsqu'il s'est présenté au leadership de son parti», a confié M. Charest.

L'ancien chef libéral s'est aussi souvenu d'un «personnage exceptionnel», en raison de sa simplicité et de sa franchise.

«Il était un homme très simple, très direct, authentique, mais qui pouvait nous désarçonner tellement il était transparent. Lorsqu'il lui arrivait de faire des erreurs, il disait très franchement 'j'ai fait une erreur, mon gouvernement a fait une erreur, on s'en excuse et on reprend à nouveau. Ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir le faire avec autant de candeur. Il avait cette candeur qui, en politique, est un ingrédient très rare.»

Mais selon M. Charest, le plus grand héritage politique de Ralph Klein aura été sa réussite de l'atteinte de l'équilibre budgétaire.

«Ce qu'il faut savoir de Ralph Klein, c'est qu'il a été le premier à donner le signal sur l'équilibre budgétaire, sur la rigueur budgétaire et la réduction des dépenses. Il a été le premier parmi les gouvernements au Canada et les autres gouvernements ont suivi dans ses traces. Il a en quelque sorte établi le standard, mais il a fait plus que ça; son leadership aura donné au Canada une marque de commerce dans la rigueur budgétaire, et on doit ce leadership à Ralph Klein. C'est donc très significatif ce qu'il a fait.»

À cet égard, Alain Gagnon reconnaît la contribution de M. Klein à l'atteinte de l'équilibre budgétaire. Mais selon le politologue, cet objectif ne s'est pas réalisé sans heurts.

«Il a permis à l'Alberta d'avoir des budgets très équilibrés, mais ce faisant, il a procédé à des compressions majeures au niveau des programmes sociaux. Il représentait vraiment la droite albertaine, populiste, affairiste, apprécié beaucoup de la majorité de sa population. Il a eu des taux de popularité très impressionnants.»

M. Gagnon a par ailleurs affirmé que Ralph Klein avait affiché de l'ouverture face au Québec durant son règne.

«C'est quelqu'un qui a été plutôt solidaire de la possibilité pour le Québec d'assumer pleinement ses responsabilités, ses compétences, comme l'Alberta voulait assumer ses propres compétences. Il a fait une ouverture au Québec en 1997, il avait pris l'initiative avec d'autres premiers ministres pour aller de l'avant avec la Déclaration de Calgary. C'était quand même un geste d'ouverture», a déclaré M. Gagnon.

Au printemps de 1997, M. Klein avait prononcé un discours dans lequel il avait affirmé sa foi en «un Canada où toutes les provinces ont un statut identique, mais un Canada qui permet au Québec de protéger les aspects qui en font un élément si unique de notre identité nationale».

«Le Canada que je décris peut sembler familier, parce que la plupart d'entre nous y ont grandi : un peuple tolérant et diversifié où tous les Canadiens sont égaux, peu importe où nous vivons, mais où le mot 'égalité' ne sert pas de couverture visant à étouffer la diversité.»

«M. Klein ne connaissait pas beaucoup le Québec, mais il avait une très belle ouverture d'esprit sur le Québec», a par ailleurs confié Jean Charest.

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