Le nom du rappeur québécois Manu Militari est affiché en grosses lettres sur l'affiche promotionnelle du Festival Hip Hop de Montréal, juste sous ceux des grosses pointures Talib Kweli et Booba (dont le concert a été annulé pour une incommodante affaire de douanes). Mais le jeu des comparaisons s'arrête ici, l'artiste montréalais portant très peu d'importance au vedettariat. N'empêche, la course de cet auteur-compositeur-interprète est une exception dans le milieu québécois et la rentrée montréalaise de Marée humaine au Club Soda, samedi, pourra de nouveau prouver sa véritable valeur.

« C'est un phénomène de la musique », lance Steve Jolin, cofondateur et responsable du festival. Assis sur une table à pique-nique d'un parc du quartier Côte-des-Neiges, l'homme affirme qu'il admire cet artiste talentueux qui réussit sans compromis. Et ce dernier sait de quoi il parle. Artiste (il est aussi connu sous le nom d'Anodajay) et agent, il est également fondateur de l'étiquette 7ième ciel (Samian, Koriass, Dramatik), la plus importante boîte dédiée au hip-hop au Québec.

En effet, la carrière de Manu Militari à de quoi surprendre, à commencer par la parution de son tout récent opus: 5000 disques se sont envolés en une semaine après la sortie de Marée humaine, en septembre 2012. Six mois plus tard, 13 500 exemplaires se sont écoulés. À une époque où les ventes de disques sont en chute libres, cette donnée relève carrément de l'exploit. Mais il y a plus. À entendre Steve Jolin, ce sont les amateurs de musique hip-hop qui définissent surtout l'importance de Manu Militari dans l'industrie musicale d'ici.

« Quand tu vas à un de ses shows, une majorité des spectateurs connaissent les paroles par cœur. Ses fans sont très fidèles. Il a vraiment réussi à bien développer son public, qu'il respecte beaucoup. Peut-on imaginer ce qu'il serait s'il profitait du quart de la promotion attribuée à certains artistes pop québécois ? »

manu militari

« Dépasser les préjugés »

Manu Militari, lui, se dit convaincu d'une chose : la musique, et surtout le hip-hop, est un travail de longue haleine : « C'est très demandant en temps et en énergie. Il faut se battre constamment. J'aimerais dépasser les préjugés (souvent associés au genre musical (par les journalistes, les diffuseurs ou encore les gens du public) et faire davantage de concerts (une vingtaine depuis septembre 2012). Mais bon, je n'aime pas me plaindre. D'ailleurs, je déteste ces artistes qui ne cessent d'en vouloir à tout et à tous pour leurs problèmes de carrière. Je pense qu'il existe toujours une façon d'améliorer notre sort. Si on a la volonté et le talent minimum nécessaires [...] Et surtout, ne jamais prendre (les personnes de) son public pour des cons. Je fais confiance à mon public. »

« C'est probablement pour ça que ma musique circule bien ici », ajoute-t-il. « C'est surtout le bouche à oreille qui s'occupe de faire connaître mes albums. C'est certainement pas grâce au gouvernement fédéral (il fait référence à la controverse de l'été 2012 entourant le vidéoclip L'attente dans lequel il se met dans la peau d'un taliban (une oeuvre qui n'a pas plu à certains militaires canadiens et aux représentants de l'équipe Harper, dont le ministre de la Culture) et les médias de masse qui m'ont récemment présenté comme un vulgaire voyou. Dans cette chanson, je voulais juste apporter un second point de vue. Il est possible que tous les habitants en Afghanistan ne soient pas de sales meurtriers. Qu'ils aient peur de la mort, comme nous. La guerre fait mal à tout le monde. Mais on a déformé mon propos parce que cette guerre est impossible à contester au Canada. »

« C'est dommage toute cette histoire, mais disons que j'ai appris », renchérit Manu Militari. « J'aurais pris ce coup de publicité pour quelque chose de plus positif...Je suis un rebelle, oui. J'aime dénoncer, oui. Et j'adore parler de la réalité, de ses bons comme de ses mauvais côtés. Mais jamais je ne veux tomber dans la vulgarité. Je me considère d'abord comme un poète. Je suis un brasseur d'idées et je parle autant des enfants que de la guerre. »

La scène

De l'avis de nos deux interlocuteurs, le phénomène Manu Militari pourrait grandir. Mais ils sont néanmoins très fiers du travail déjà accompli par cet artiste de 33 ans, qui a remporté le Félix de l'album hip-hop de l'année au Québec pour Crime d'honneur, en 2010. Et ça continue.

Sur la scène du Club Soda, Manu Militari promet de livrer une performance unique, question de faire de la rentrée un événement particulier. En plus des ses trois acolytes que l'on voit souvent à ses côtés en spectacle, il aura la visite de quatre musiciens supplémentaires (basse, guitare électrique, clavier, percussions) qui viendront interpréter quelques morceaux de son nouvel album, qu'il présentera dans son intégralité. Il compte également offrir certaines pièces de ses disques précédents. « Je veux mettre le paquet », conclut Manu Militari.

Mauvais Acte et Souldia assureront la première partie de la soirée.

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