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Colère et résignation à l'ouverture des banques à Nicosie

28/03/2013 08:43 EDT | Actualisé 28/05/2013 05:12 EDT

Des Chypriotes ont fait la queue par dizaines jeudi devant les banques du pays, rouvertes après 12 jours de fermeture, mais la ruée sur les guichets tant crainte ne s'est finalement traduite que par quelques files résignées et calme dans la matinée.

Il est midi à Strovolos, dans l'agglomération de Nicosie, devant une agence de la Bank of Cyprus, la première du pays, promise à une restructuration drastique. Sous un soleil radieux, une trentaine de personnes font la queue en silence, la mine sombre.

"Nous sommes tous venus chercher nos 300 euros", explique une trentenaire. Pour éviter un effondrement du système bancaire après 12 jours de fermeture et de crise, les autorités ont en effet limité les retraits à 300 euros par jour et par personne.

Lorsque la porte vitrée de l'agence s'entrouvre vers 12H05, la file est prise d'un léger tressaillement, et se met à avancer dans le calme, à la grande satisfaction de l'agent de sécurité bedonnant posté à l'entrée.

Plus ou moins au même moment, la même scène se répète devant de nombreuses agences de la Bank of Cyprus et de la Laïki -la deuxième banque du pays qui doit être liquidée-, sous le regard de dizaines de journalistes étrangers, souvent plus nombreux que les clients dans le centre-ville.

Il y a en revanche nettement moins de monde devant les agences des autres banques, pour l'instant épargnées par la tempête financière mais pas par les restrictions drastiques imposées dans l'immédiat aux mouvements de capitaux.

Pour faire face à la demande et rassurer la population, plusieurs conteneurs chargés d'argent liquide sont arrivés mercredi soir à la banque centrale à Nicosie sous la protection de véhicules de la police, selon un photographe de l'AFP. Ils pourraient contenir des milliards d'euros.

Selon plusieurs sources financières, c'est la Banque centrale allemande (Bundesbank) qui a approvisionné en billets son homologue de Chypre.

"Tout frais de Francfort", siège de la Banque centrale européenne (BCE) plaisante un homme en regardant des billets flambant neufs qu'il vient de retirer d'un distributeur.

Kyriakos Vourghouri, qui tient une supérette, a pour sa part fait la queue pour déposer des chèques. "Je n'ai pas retiré d'argent, j'ai déposé de l'argent", dit-il fièrement en agitant son reçu de 678 euros.

En fin d'après-midi, le flot des clients s'était tari, et les banques ont fermé à 16H00 GMT sans incident.

"Je ne dirais pas que ça été une journée difficile, c'est la situation dans son ensemble qui est difficile", a commenté Pambos Michael, directeur d'une agence de la Laïki située dans le vieux Nicosie, sans pouvoir évaluer si le nombre de clients a été supérieur à la moyenne.

Plusieurs dirigeants ont félicité les chypriotes pour leur "sens des responsabilités", se réjouissant qu'il n'y ait pas eu de panique bancaire.

Parmi les clients, la colère reste cependant très présente, contre les limitations imposées aux retraits car le pays manque d'argent liquide depuis près de deux semaines, mais aussi envers les partenaires européens de l'île méditerranéenne.

"J'ai 5 enfants, qu'est-ce que je peux faire avec 300 euros? Rien! Qu'est-ce que Chypre peut faire? Rien! Tout le monde est en colère mais on ne peut rien faire", s'indigne un cinquantenaire au visage buriné.

L'Allemagne est l'objet de toutes les critiques.

"Ce n'est pas l'UE, c'est une union allemande pour nous détruire. Tout le monde veut détruire Chypre", assure un propriétaire de kiosque. "C'est la première fois que je ressens cela depuis 1974" et l'invasion turque du nord qui a coupé l'île en deux.

Un homme aux cheveux blancs intervient: "J'ai une Mercedes, mais à partir de maintenant, je ne vais plus jamais rien acheter qui vienne d'Allemagne".

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