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Les Russes trouvent qu'il fait toujours bon vivre à Chypre pour le moment

27/03/2013 05:36 EDT | Actualisé 27/05/2013 05:12 EDT

Les Russes profitant de la vie et du climat de "Limassolgrad", après le choc de l'annonce d'une taxe sur les dépôts bancaires les visant en premier plan, assurent qu'ils ont en ont vu d'autres.

La deuxième plus grosse ville de Chypre, sur la côte sud, accueille une importante communauté russe, qui ne semble pas s'inquiéter outre mesure de la crise bancaire qui est en train de bouleverser l'île.

Pourtant, les Russes seront les plus touchés par la décote majeure qui s'annonce pour les comptes de plus de 100.000 euros dans les deux principales banques chypriotes, Laïki et Bank of Cyprus.

"L'argent va partir, mais pas les gens", assure Slava Mishin, 42 ans, qui travaille dans les services financiers à Limassol. "Nombreux sont ceux qui, comme ma famille et moi, attendent de voir ce qui se passe".

Les activités de la branche chypriote de sa société -une entreprise basée à Saint-Petersbourg, qui a des parts dans la Bank of Cyprus- sont gelées, et il va aussi perdre de l'argent sur son compte personnel dans cette banque.

"Plus personne ne peut plus faire confiance au système bancaire chypriote", reconnaît-il, tout en estimant que si de nombreux Russes vont subir des pertes élevées dans la restructuration des banques, rares sont ceux qui quittent l'île.

"Nous sommes ici à cause du climat, de la religion, de la langue --on peut parler anglais--, parce qu'on n'est pas loin de chez nous et que nous voulons voir nos enfants grandir dans un environnement sûr, avec une éducation européenne", explique-t-il.

Stoïque face à la crise bancaire qui a englouti l'île ces dix derniers jours, il relativise: "j'ai vécu la Perestroïka et nous avons traversé 15 ans de troubles. Ce qui se passe à Chypre n'est pas comparable à ce qui s'est passé lors de l'éclatement de l'Union soviétique. La vie va continuer ici, il n'y a pas de quoi paniquer".

L'agence Moodys a estimé à 31 milliards environ les avoir russes déposés à Chypre. Moscou avait tempêté lorsque Chypre avait annoncé s'être engagée, dans le cadre d'un plan de sauvetage européen destiné à sauver l'île de la faillite, à taxer les dépôts bancaires, une mesure touchant de plein fouet les déposants russes.

Selon le maire de Limassol, Andreas Christou, la ville va payer le tribut le plus élevé à cette mesure, car elle vit grâce à la présence de nombreuses sociétés étrangères, notamment russes.

Mais chez Pascucci, un salon de thé chic sur le front de mer, où aiment se retrouver les femmes au foyer russes, l'atmosphère était détendue.

"Comme beaucoup d'autres Russes, je suis venue à cause de la mer, du climat et de l'air sain pour mes enfants. Tout cela est toujours là", sourit Natalia, 39 ans, économiste de formation mariée à un cadre russe.

Assise en compagnie de deux amies ayant vécu à Limassol plus de dix ans, elle assure que ni sa famille ni les leurs n'ont été directement touchées par la décote des gros comptes.

Anna, originaire du Bélarus, assure qu'elle compte "rester là et attendre de voir".

"Ce n'était pas le paradis, mais c'était stable et nous savions à quoi nous attendre mais maintenant nous ne savons pas ce que l'avenir réserve", dit-elle.

Mais Jana, un ancienne prof de gym russe mariée à un Chypriote, s'avoue "inquiète" pour ses enfants et pour Chypre.

Le propriétaire du restaurant russe Taras Bulba et de la station radio Russian Wave ne s'attend pas à des départs massifs de ses compatriotes.

"Pour les Chypriotes, perdre de l'argent c'est un gros souci, mais pour les Russes, c'est quelque chose d'habituel", souligne Alexey Voloboev, qui a obtenu un passeport chypriote au titre de ses investissements dans l'île.

Il a constaté un désintérêt progressif ces six derniers mois, avec la baisse des recettes publicitaires de la radio.

"Les gens ont eu beaucoup de signaux sur la situation de Laïki. Quiconque y connaît quoi que ce soit en finance a eu le temps de transférer ses fonds", souligne-t-il.

Le déménageur Sergio Thoukis, basé à Limassol confirme ne pas avoir été contacté par des familles russes depuis le début de la crise. Il est convaincu que "à huis-clos, le gouvernement va leur proposer des arrangements pour les convaincre de rester".

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