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Commission: Trépanier nie avoir exigé 3 % et nie à demi le système de partage

27/03/2013 09:59 EDT | Actualisé 27/05/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Devant la Commission Charbonneau, mercredi, l'ex-directeur du financement d'Union Montréal, Bernard Trépanier, a nié avoir instauré un système de ristourne de trois pour cent sur la valeur des contrats obtenus avec la Ville de Montréal dans les années 2000.

Il a également nié avoir été à l'origine d'un système de partage des contrats entre firmes de génie, comme l'ont affirmé d'autres témoins devant la commission.

Du même souffle, pourtant, il a décrit un système qui s'y apparentait vers 2004-2005, mais a affirmé qu'il ne s'agissait pas selon lui de collusion et que cela ne concernait que les consortiums entre firmes de génie. Et il assure n'en avoir jamais parlé à Frank Zampino, l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal, qu'il jugeait trop occupé.

Il a d'ailleurs montré du doigt l'ingénieur Michel Lalonde, de la firme Génius, affirmant que celui-ci lui avait dit en 2005 de ne plus s'occuper du système de répartition des contrats, que ça ne marchait pas, et qu'il s'en occuperait. M. Lalonde aurait alors été accompagné de Rosaire Sauriol, de la firme Dessau.

Les deux hommes auraient dit à M. Trépanier: «à partir de là, tu ne t'occupes plus de rien au niveau des ingénieurs, les gars ont mis assez d'argent et il n'y a rien qui a fonctionné». Michel Lalonde lui aurait alors lancé: «pose pas de question d'où ça vient, parce que ça pourrait faire bien mal».

Retour d'ascenseur

Quand la juge France Charbonneau lui a demandé de quoi il s'occupait avant, puisque MM. Sauriol et Lalonde lui demandaient de ne plus s'en occuper, M. Trépanier a simplement évoqué les consortiums formés entre firmes de génie.

«J'ai essayé de faire une répartition juste et équitable pour tout le monde», a-t-il reconnu, tout en continuant de nier qu'il s'occupait ainsi d'un système de partage des contrats.

«Moi, ça ne me donnait rien, ça me donnait la satisfaction d'avoir retourné l'ascenseur à ceux qui nous ont aidés», a-t-il avoué, bien qu'il refuse toujours de parler d'un système. «J'essayais au moins de récomp..., pas de récompenser, mais de donner de l'ouvrage à ceux qui avaient contribué au parti.»

Il a affirmé avoir perçu les propos de M. Lalonde comme une menace, surtout qu'il lui aurait alors précisé qu'il avait «un voisin de compagnie», soit Niccolo Milioto, surnommé Monsieur Trottoir.

Le procureur chef adjoint de la commission, Me Denis Gallant, a toutefois démontré qu'il y a eu de nombreux échanges téléphoniques entre MM. Lalonde et Trépanier, «au-dessus de 1000», même après cet incident, alors que M. Trépanier soutenait avoir eu peur.

Selon M. Trépanier, les firmes de génie-conseil ont contribué à Union Montréal, mais seulement en achetant des billets pour des activités et elles payaient presque toujours par chèque. Le comptant allait «dans le chapeau» avec les dons anonymes.

Me Gallant lui a alors demandé pourquoi des représentants de firmes de génie-conseil avaient démissionné «en cascade», depuis quelques jours, s'ils n'avaient donné que des contributions par chèque et légales. Mais M. Trépanier n'a pas répondu directement.

M. Trépanier a aussi reconnu avoir réclamé 200 000 $ à de grandes firmes de génie et 100 000 $ à des moyennes, comme l'avait précisé l'ingénieur Michel Lalonde, mais M. Trépanier étale cette contribution sur quatre années plutôt que seulement pour l'année électorale de 2005.

«Je faisais ma job», s'est-il exclamé, lui qui était directeur du financement du parti, de 2004 à 2008, bien qu'il n'ait touché son salaire annuel de 82 000 $ que de 2004 à 2006.

Quant à la contribution de trois pour cent, qui a inspiré son surnom de Monsieur trois pour cent, «c'est impossible» qu'il ait autant demandé, selon lui, parce que «ça fait beaucoup de sous».

Son départ

M. Trépanier a aussi confirmé l'existence d'une rumeur _ dont il a nié la véracité _ qui avait été évoquée par Me Gallant pour justifier son congédiement par l'ex-maire Gérald Tremblay. Il a confirmé avoir rencontré un promoteur immobilier, mais a nié lui avoir demandé 1 million $. Selon Me Gallant, c'est ce qui aurait constitué la raison de son congédiement, en plus de sa trop grande proximité avec le président du comité exécutif Frank Zampino.

Selon M. Trépanier, il aurait plutôt été question de travaux d'infrastructures valant 1 million $ qui auraient été nécessaires pour le projet immobilier caressé par le promoteur.

Parallèlement à son travail pour Union Montréal, M. Trépanier a touché plusieurs milliers de dollars par l'intermédiaire de sa compagnie Bermax de la part d'entreprises ayant des contrats avec la Ville de Montréal, a relevé Me Gallant.

Me Gallant l'a notamment questionné sur un chèque de 12 000 $ de l'entreprise de construction Louisbourg, d'Antonio Accurso, qui aurait transité par le compte de son entreprise personnelle Bermax. Mais M. Trépanier a dit ne pas s'en rappeler.

Le procureur l'a également interrogé à propos d'un chèque de 40 000 $ versé par le laboratoire Inspec-sol à son entreprise Bermax. Cette fois, M. Trépanier a dit que cela était possible.

Il a admis avoir touché trois fois 15 000 $ de la part de SM pour avoir surveillé les travaux de rénovation d'un condominium de la firme de génie, en Floride, à la demande de Bernard Poulin, de cette firme.

M. Trépanier a admis avoir servi de «middle man», selon l'expression utilisée par Me Gallant, mais n'a pas apprécié le terme «bagman» qu'il lui suggérait. «Bagman, c'est un gros mot», a protesté le témoin.

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