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"Votez pour mon mari": la campagne baroque des candidats irakiens

26/03/2013 05:30 EDT | Actualisé 26/05/2013 05:12 EDT

"Elisez la veuve du défunt cheikh", "Votez pour mon mari": depuis un mois, l'Irak se couvre de singulières affiches électorales en vue des scrutins provinciaux d'avril. Les plus acerbes se régalent, les politologues y voient un processus politique irakien bien loin de la maturité.

Sur son affiche électorale, en plein Mahmoudiya, au sud de Bagdad, Salam Kurdi Abboud est paré de ses atours les plus traditionnels: la dishdasha -le long habit porté dans les pays du Golfe-, et un keffieh. Détail important: Salam Kurdi Abboud est mort.

Sa veuve Sausen Abduladhaïm Ahmed, du bloc laïc Iraqiya, a donc repris le flambeau. C'est elle qui se présente à l'élection du 20 avril. Pourtant, sur le prospectus qui appelle à voter pour "la veuve du défunt Salam Kurdi Aboud", son nom à elle n'apparaît nulle part, pas plus que son portrait.

A Salaheddine, une province située au nord de la capitale irakienne, la députée Aïtab al-Douri, d'Iraqiya, prend une pose grave sur une affiche qui commence à essaimer un peu partout. A ses côtés, un homme, tout aussi pondéré.

"Elisez mon mari", dit l'affiche.

"Ces affiches reflètent bien le niveau des candidats", déplore le journaliste politique Yasser al-Moussaoui. "Si c'est ça leur campagne électorale, de la naïveté doublée d'ineptie, imaginez un peu ce que cela va donner quand ils vont s'occuper de l'Etat et du bien-être de la population", tonne-t-il.

A peine sorti de trois décennies de guerres et de sanctions internationales, l'Irak n'a goûté que très récemment à la démocratie. Les premières élections législatives libres et transparentes de son histoire ont eu lieu en janvier 2005. Cette année, les Irakiens sont appelés à renouveler leurs assemblées provinciales dans douze des 18 provinces que compte le pays.

Dans un pays où l'origine, la réputation et l'appartenance à une tribu ou un mouvement priment de très loin sur un quelconque programme électoral, il n'est pas farfelu de vouloir se faire élire en mettant en avant une filiation censément prestigieuse.

"C'est le résultat de la confusion généralisée qui a frappé le processus politique (irakien). En sont sortis ces personnages totalement indignes qui, à leur tour, ne font qu'éroder le respect que peuvent éprouver les citoyens pour le processus électoral", s'insurge l'avocat et politologue Tariq al-Maamouri.

Les candidats se font élire "par procuration", renchérit Ali Adnan, un fonctionnaire de 36 ans. "Ils veulent se créer des familles politiques sur le dos des électeurs".

Dans les rues de Bagdad fleurissent d'ailleurs les affiches sur lesquelles les candidats ont accolé à leur photo un portrait du Premier ministre Nouri al-Maliki, sans l'avoir jamais rencontré.

Et sur Facebook circule l'affiche d'une candidate habillée en abaya --le long habit noir qui recouvre les femmes de la tête aux pieds-- et dont le visage est flouté.

"Elisez donc cette femme formidable que personne n'a jamais vue!", se moque "Ali", un internaute, dans un commentaire laissé sur le réseau social.

A Hilla, à 95 km au sud de Bagdad, Ismaël Khalil al-Obaïdi, dit "L'oiseau fugace", compte bien sur son aura d'ancien joueur de l'équipe nationale irakienne de football pour se faire élire. Seul hic: sur son affiche de campagne, il apparaît ballon au pied avec le maillot de l'Inter de Milan... pour lequel il n'a jamais joué.

ak/gde/sw

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